Sport et changements climatiques

Quel impact sur les évènements sportifs ? Des disciplines menacées ?

Andy Murray sous la chaleur écrasante de Flushing Meadow (AFP)

Les changements climatiques menacent bien évidemment la planète, mais aussi le sport. Si la tenue de certains évènements est déjà altérée (rencontres décalées ou reportées en raison des conditions climatiques), c’est aussi le cas lors de rassemblements ou d’évènements sportifs, comme le ski ou encore l’Open d’Australie, qui sont mis en danger par une augmentation des températures.

Une menace pour l’intégrité physique des sportifs… mais aussi des spectateurs

Les images et les déclarations des joueurs ne sont pas passées inaperçues lors de l’US Open de tennis cet été. Des températures avoisinant les 35°C et un taux d’humidité de l’air proche de 50%, l’US Open a parfois été bien plus un supplice qu’un plaisir pour les joueurs. Avec 9 abandons au premier tour messieurs (dont 6 en une seule journée) ce tournoi restera dans les mémoires comme l’un des tournois aux conditions les plus difficiles de la saison et même de la carrière de certains joueurs.

Conditions météo lors de l’US Open le mardi 28 août (@AnnaK_4ever)

Beaucoup d’entre eux ont d’ailleurs dénoncé les conditions de jeu et les risques pour leur santé: « Dans le vestiaire, ça faisait peur à voir, dit Kristina Mladenovic. J’y ai vu Danielle Collins vomir et passer par toutes les couleurs. Elle n’arrivait plus à respirer. C’était comme si on revenait de la guerre, ou de la mine. » Les joueurs ne sont pas les seuls à devoir endurer des chaleurs extrêmes. Les spectateurs exposés au soleil toute la journée sont aussi mis à mal.

Et le tennis n’est pas le seul sport concerné !  Tous les sports qui se déroulent en extérieur l’été peuvent être vecteurs de risques pour les pratiquants et les spectateurs. Mais si l’intégrité des joueurs est mise en danger, c’est certaines compétitions qui sont remises en cause. Jusqu’à quand les joueurs et les spectateurs accepteront-ils de se plier à de telles conditions, que ce soit dans le tennis, ou encore dans le cyclisme ?

Ravitaillement collectif au sein de l’équipe UAE avec Darwin Atapuma  (AFP – Marco BERTORELLO)

Les organisateurs tentent de trouver des solutions afin de s’adapter au réchauffement. Des pauses « fraîcheur » ont été instaurées dans les matchs de football, des brumisateurs sur les marathons ou encore des stades couverts pour protéger joueurs et spectateurs. Mais les températures continuent d’augmenter, et les conditions extrêmes vont devenir de plus en plus fréquentes.
Combien de temps ces solutions permettront aux compétitions de se maintenir en été dans l’hémisphère nord ou en hiver dans l’hémisphère sud ?

Des compétitions déplacées ou menacées

Coupe du monde au Qatar en 2022 (FIFA)

Si la coupe du monde 2022 au Qatar va se tenir en hiver, à l’avenir, cela pourrait se généraliser dans l’ensemble des compétitions sportives d’été. À cause de la hausse des températures, plusieurs compétitions majeures comme les Jeux Olympiques d’été ou le Tour de France ne pourront être maintenus.

D’après une étude de l’Université de Berkeley en 2016, seulement 8 villes de l’hémisphère nord assureront des conditions climatiques suffisamment sûres pour accueillir les Jeux olympiques d’été. « Les changements climatiques pourraient limiter les jeux à l’avenir » affirme Kirk R. Smith, professeur de santé environnementale mondiale à l’Université de Berkeley. Pour établir ces résultats, ils ont supposé que toute ville hôte ayant plus de 10% de chances d’annuler un marathon, ou tout autre évènement en plein air, ne serait pas une candidature viable. Toutes les villes candidates aux Jeux de 2020 et 2024, soit Istanbul, Madrid, Rome, Paris et Budapest seraient inaptes à accueillir les Jeux en 2085.

Attribution des jeux olympiques d’été de 2024 et 2028 à Lima (Le Monde)

Cependant, les changements climatiques englobent d’autres phénomènes que le réchauffement. La hausse des phénomènes extrêmes tels que les chutes de pluie, les inondations ou encore les sécheresses dégradent les aires de jeu. Depuis quelques années, de nombreux clubs de Ligue 1 de football font face à des difficultés croissantes pour l’entretien de leurs pelouses.

Si les prévisions scientifiques se confirment, même déplacées d’été en hiver, la menace des phénomènes extrêmes pèsera toujours sur les grandes compétitions internationales telle que les Jeux olympiques d’été et les futures Coupes du Monde de football. L’organisation de ces compétitions représente des investissements faramineux pour les organisateurs et pour les sponsors. Il est donc évident qu’ils choisiront à l’avenir les sites qui représentent le moins de risques d’annulation afin d’éviter des pertes financières colossales.

Mais avec le temps, il va devenir de plus en plus compliqué de trouver des sites viables pour organiser, sans trop de risques, de grandes compétitions internationales. D’après l’étude de l’Université de Berkeley, au XXIIème siècle, si leurs projections se concrétisaient, les scientifiques ont conclu qu’il ne resterait que quatre villes de l’hémisphère nord sur la liste des villes potentiellement éligibles aux Jeux olympiques d’été : Belfast et Dublin, en Irlande; et Edimbourg et Glasgow en Ecosse.

Vers la fin des sports d’hiver ?

Ce graphique montre les anciens sites des Jeux olympiques d’hiver climatiquement adaptés aux futurs jeux (Daniel Scott, Université de Waterloo)

Seules six villes ayant déjà accueilli les Jeux olympiques d’hiver seront des villes hôtes assez viables pour accueillir à nouveau les Jeux d’ici la fin du siècle ; c’est ce que révèle une étude de l’Université de Waterloo en 2014. Calgary et Vancouver, qui ont accueilli respectivement les Jeux olympiques d’hiver de 1988 et 2010, seront de potentielles villes hôtes des Jeux d’été à la fin du siècle mais plus des Jeux d’hiver!

Au delà des Jeux en eux même, c’est certains sports d’hiver qui sont menacés. L’augmentation des températures dans les stations de ski entrainera une baisse de la couverture neigeuse.  Si actuellement la majorité des épreuves de Coupe du monde de ski alpin se tiennent  sur le massif alpin, ça ne sera plus possible à la fin du siècle. Certaines compétitions de la coupe du monde ont déjà été annulées ces dernières années et cela risque d’empirer. Selon une étude parue dans The Cryosphere, la couverture neigeuse pourrait chuter de 70% d’ici la fin du siècle dans le massif alpin !

Alexis Pinturault lors des Jeux olympiques de PyeongChang (Photo Zoom/Alexis BOICHARD)

Même si certaines stations recourent déjà à la neige artificielle pour garnir leurs pistes en saison, cela a une empreinte néfaste sur les paysages et les écosystèmes. De plus, fabriquer de la neige ne sera plus viable dès lors que les températures auront dépassé un certain seuil.  S’il n’y a plus assez de stations de ski ouvertes à la fin du siècle, il y aura de moins en moins de skieurs et si les changements climatiques se poursuivent, les sports d’hiver qui se pratiquent en extérieur tendront à disparaître.

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