Raphaël Desroses : « Je suis tellement passionné de basket qu’en parler en tant que métier était un rêve pour moi »

BeBasket ©Sébastien Grasset

Entre 1998 et 2017 il a écumé les parquets de basket, français mais aussi américains scorant 4311 points au cours de ses riches années. Il a connu 12 clubs, indiscutable en Pro B, il a eu plus de difficultés à s’imposer en Pro A et s’est enrichi de la culture américaine lors de son passage dans le basket universitaire. Il a aujourd’hui troqué les ballons orangés pour les micros RMC, retour avec lui sur sa carrière, son nouveau métier et ses ambitions futures…

Comment as-tu commencé à t’intéresser au basket et quel a été ton parcours avant de devenir professionnel ?

Je me suis essayé au Basket après avoir testé pas mal de sport. Je me suis penché sur le Basket vers 13-14 ans. Avant, j’ai tout essayé, tennis, ping-pong, badminton avec l’école, foot, mais pas très longtemps, je n’ai jamais été un grand doué du foot ! J’étais plus sports de raquettes. Mais, avec les copains, l’ampleur prises dans les quartiers, je m’y suis mis. Pas forcément sérieusement dans un premier temps. Étant quelqu’un de passionné, j’ai fini par m’y mettre sérieusement et je suis rentré en centre de formation assez tard, je jouais encore pivot jusqu’à mes 17-18 ans alors que durant ma carrière j’ai évolué au poste d’ailier ! Un copain était parti faire un essai à Poissy, qui était à l’époque en Pro B. Il nous a prévenu la veille et on lui a dit « on y va avec toi ». Il s’avère qu’au final j’ai été performant et j’ai été pris ! C’est par cette voie que je suis arrivé dans un basket « sérieux ».   

Tu as évolué en tant qu’ailier durant ta carrière, qui s’est étendu de 1998 à 2017, quelles sont les qualités qui t’ont permis de jouer à ce poste ?

Dans un premier temps ce sont les qualités athlétiques. Ensuite, c’est la passion du travail, j’ai rattrapé beaucoup de temps perdu grâce au travail. Le fait que j’aille, par exemple, shooter sur les terrains l’été même s’il faisait 30 degrés. Grâce à ces entrainements j’ai développé des qualités de shooter. Durant ma carrière j’étais plutôt réputé pour shooter à trois points et être quelqu’un qui n’a pas toujours besoin du ballon. J’ai aussi connu plusieurs rôles différents qui dépendaient des niveaux auxquels j’évoluais. En Pro B je faisais parti des joueurs majeurs (notamment MVP français en 2006 avec Angers ndlr), j’avais un jeu plus complet. Quand j’étais en Pro A, j’étais plus le mec qui attendait dans les coins, qui ne faisait pas d’erreurs, qui défendait et qui dépendait du collectif.

« À Besançon je suis reparti de zéro »

Dans ta carrière tu as enchainé plusieurs clubs où tu étais un joueur de rotation, qu’est-ce qui t’as permis de gagner ta place dans le 5 titulaire par la suite ?

En Pro B j’ai toujours été titulaire mais pas forcément en Pro A où je n’ai pas eu beaucoup de chance. Peu de chance dans le sens où quand j’étais vraiment mature pour faire une bonne saison, je me suis blessé. Je pense surtout à ma saison qui a suivi, celle à Bourg-en-Bresse. Avant je n’étais peut-être pas assez mature pour être titulaire en Pro A. Mais, après cette saison où nous avions dominé la Pro B et été premier toute l’année, je l’étais. Malheureusement, on rate la montée au goal-average ! J’ai eu le malheur de jouer en étant blessé pendant plusieurs mois, une blessure que j’ai traînée par la suite. Lorsque je suis arrivé à Besançon, je suis reparti à zéro. Je n’étais pas encore à mon niveau et je l’ai payé avec un peu de « chômage » par la suite. Comme je n’avais pas fait une super saison, j’ai eu du mal à trouver un club. En arrivant à Limoges (en 2009 ndlr), sous la coupe d’Eric Girard, j’ai appris un nouveau rôle. Dans la partie forte de ma carrière, c’était la première fois que je démarrais les matchs sur le banc en Pro B. J’ai dû apprendre à être efficace sur des courtes séquences. Auparavant, il me manquait peut-être ce bagage pour être un joueur performant en Pro A. La saison qui a suivi, on est monté une première fois avec Limoges en Pro A. J’ai su être performant sur des séquences de 7-8, 10 minutes parfois, des séquences courtes ! Avant, soit j’étais le joueur qui jouait 30-35 minutes, soit j’étais le joueur qui jouait 10-15 minutes. Je n’avais jamais eu ce rôle intermédiaire. La saison à Limoges, le contexte était particulier. Une grosse équipe dimensionnée pour le stade au-dessus et j’ai appris à être performant quel que soit le contexte. Cette saison m’a servi l’année suivante, en Pro A. Peu importe que l’on vienne me mettre un Américain dans les pattes tous les mois et demi, j’étais toujours prêt à performer sur le terrain et j’ai été titulaire à Limoges en Pro A.

Raphaël Desroses ici sous les couleurs de Limoges ©Mercieca

« La première année j’ai peut-être parlé trois fois à la mère ! »

Tu es passé par les Etats-Unis lors des saisons 2001-2002 au central Florida CC et en 2002-2003 au Garden City CC. Quel souvenir gardes-tu de ces expériences, quelles ont été les différences par rapport à la France ?

Pour remettre les choses dans leur contexte, quand on arrive aux Etats-Unis dans les années 2000, Internet est très différent d’aujourd’hui. Pour pouvoir parler à ma mère, il fallait acheter des cartes qui étaient chères (rires), même via MSN si on voulait parler en France, il fallait payer et les prix étaient élevés. On ne pouvait parler comme maintenant sur Skype ou sur WhatsApp ! La première année, je n’avais pas les moyens d’acheter des cartes, j’ai peut-être parlé trois fois à ma mère ! L’expérience endurcie vraiment… Quand tu vas là-bas, tout est plus tourné vers l’individu, les Américains ont un côté plus individualiste.

Plus compétiteur aussi…

Oui, plus compétiteur, la culture du « moi je », « moi je suis meilleur que toi » … Il y avait aussi un aspect hyper-athlétique. Les gars étaient extrêmement vifs, quand tu reviens en France après… (rires) Les repères sont différents, là-bas si la défense est ouverte on shoote. La défense est tellement physique d’un point de vue individuel, en tout cas au niveau universitaire, qu’au début j’avais l’impression qu’on était toujours ouvert quand on rentrait en France. Je pense que j’ai progressé en défense et que l’aspect athlétique m’a vraiment servi dans ma formation. Jouer dans des salles remplies, c’est aussi une belle expérience. En France, quand on joue en espoir les salles sont souvent à moitié vide. On apprend à jouer devant un public et puis la double culture. La mentalité est très différente. Avant, quand un Américain était dans le vestiaire et ne disait pas bonjour je me disais « ça veut dire quoi ? » (rires). Une fois là-bas tu réalises que c’est leur mode de fonctionnement. Un jour il te check et deux jours après tu as le droit à un petit hochement de tête parce qu’ils ne sont pas d’humeur. L’expérience est enrichissante, la seule chose que je regrette est que je n’ai pas pu être transféré de Junior College à la NCAA la troisième année pour terminer mon cursus de quatre ans pour obtenir mon diplôme. C’est la raison pour laquelle j’étais parti, car j’allais être suspendu six mois pour avoir joué des matchs pro en France. À l’époque, ils ne cherchaient pas à savoir si j’avais été payé, pas payé, si les joueurs étaient professionnels, ils avaient été payés. J’allais être suspendu six mois ce qui m’a valu de rentrer plus tôt en France et de démarrer ma carrière à Cholet. Mon seul regret est donc de ne pas avoir été dans une fac directement pour avoir mon diplôme et vivre le truc à fond.

Une fois ta carrière finie tu es devenu consultant. Comment est-ce que cela s’est fait et comment s’est faites la connexion avec RMC, média pour lequel tu travailles ?

Je suis tellement passionné de basket qu’en parler en tant que métier était un rêve pour moi. J’ai dû faire un effort aussi, par rapport à ma formation d’entraineur. Quand j’ai su que je ne pourrais pas continuer au haut niveau j’ai tout de suite pensé à ce métier. J’ai été contacté et je savais que pour se lancer dans ce milieu en France il fallait passer par Paris. J’ai vu que j’allais être à Paris et Frédéric Weis avec qui j’ai joué à Limoges, qui est un ami, m’a donné l’information comme quoi RMC recherchait un troisième consultant en raison de l’augmentation du nombre de matchs dû à l’acquisition des droits de l’Euroleague et de l’Eurocup. Ensuite, j’ai contacté David Cozette via les réseaux sociaux, on s’était croisé en championnat pendant plusieurs années, et j’y suis allé un peu au toupet ! Il a été super sympa, il m’a répondu et il m’a confirmé qu’en cas d’obtention des droits pour l’Euroleague il y aurait besoin de quelqu’un et qu’il me tiendrait au courant fin août, pour un essai, voir comment je pouvais poser ma voix. À priori les choses se sont bien passées (rires). J’ai compris lors de la journée de présentation officielle de RMC que je faisais partie de l’équipe ! (rires) J’ai eu la chance d’être lancé avec Alex Biggerstaff qui depuis est un ami. Il a su me mettre à l’aise, on a tout de suite eu une bonne complicité. Le travail se fait en duo et lorsqu’il y a une certaine complicité le job est facilité.

©Basketeurope.com

Est-ce que tu as reçu une formation pour devenir consultant ? Et si non cela aurait-il pu être utile selon toi ?

Je n’ai pas reçu de formation, j’ai été un peu jeté dans le grand bain et à priori les choses se déroulent souvent de cette manière pour les consultants. Une formation peut être utile mais, sans prétention, si j’ai réussi et que d’autres ont réussi, à notre niveau bien sûr (rires), c’est que la formation n’est pas obligatoire !

Une formation qui est donc utile mais pas essentielle

Oui, pas essentielle. Parce qu’avant tout il y a la passion du mec, le travail qu’il peut y mettre… Il ne faut pas croire que l’on arrive sur lieu, on se pose et on commente. Une formation m’aurait cependant peut-être fait gagner un petit peu de temps, avoir plus de contacts avec d’autres consultants, savoir comment ils travaillent. Tout le monde n’a pas la même approche, moi je préfère préparer mes matchs, savoir qui est en forme, qui a fait quoi. D’autres sont plus centrés sur l’action en elle-même, sur le match. Même si on se sert parfois peu de ce que l’on a préparé, je sais que je suis en situation de confiance pour bien travailler. Les gens ne savent pas forcément que le consultant à son boulot et le journaliste a le sien. Si je n’avais pas été briefé quand je suis arrivé… On croit parfois que les deux commentateurs ont un rôle similaire, alors que non ! Le journaliste commente l’action et le consultant l’explique. Bien que le fonctionnement ne soit pas aussi strict, sur le principe chacun à son rôle. On est également plus attentif sur l’aspect tactique, sur les spécificités des joueurs tandis que le journaliste va dire « c’est lui qui a mis un panier ». Les choses se font naturellement mais il faut le savoir au début ! Lors des premiers matchs si je dépassais un peu de mon rôle, Alex me le disait discrètement ou avec un petit regard et c’était réglé. Mes amis me disaient au début « ah mais tu ne travailles pas avec lui ou lui ? ». La réponse était négative, puisqu’il s’agissait de consultant, or c’est toujours un consultant et un journaliste ! Il est néanmoins vrai que lorsqu’on regarde l’Euroleague, il arrive que la compétition soit commentée seul. Le gars est un ancien joueur, n’a pas de formation journalistique mais aujourd’hui il fait le travail d’un journaliste. Il n’y a donc pas deux mondes d’écart non plus. Au début, il faut tout de même une formation de journaliste ou avoir appris sur le terrain. Quand tu es consultant, tu accompagnes quelqu’un, libre à lui de nous laisser plus ou moins de place, mais on ne va pas pourrir le match, à part si on est vraiment mauvais ! (rires).   

Penses-tu qu’il est nécessaire d’avoir une grande culture, notamment de l’histoire de son sport, pour être un bon consultant ?

Je pense que c’est un gros plus. La vraie question est : qu’est-ce que l’on apporte au spectateur ? La culture n’est pas un pré-requis absolu mais si on ne l’a pas, à force de bosser les matchs, on l’acquiert. Si on ne l’a pas naturellement il faut bosser deux fois plus pour rattraper ce manque. Par exemple, le fait d’avoir était au Etats-Unis, je ne pars pas de zéro, je connais la culture et ensuite je fais des mises à jour. J’ai aussi repris l’Euroleague. À la base, je suis beaucoup plus la NBA et même si je connaissais les joueurs stars, un consultant c’est bien plus que cela ! Au bout quelques mois, on est dedans et pour preuve, l’année dernière j’étais calé jusqu’au huit/ dixième homme de chaque équipe. Je pense aussi à ceux qui commentent l’Eurocup où il est impossible de connaitre tous les joueurs et pourtant, les mecs font vivre un match ! Alors qu’au début, qui a une culture d’Eurocup ? (rires).  

Penses-tu qu’avoir été un joueur professionnel offre des avantages pour devenir consultant, aussi bien par rapport à l’accès au médias qu’aux analyses fournies ?

Oui, si je n’apporte pas cette expérience et que je ne connais pas bien mon sport à la base, c’est compliqué (rires). Selon moi, des mecs qui bossent peut-être moins mais qui apportent quand même aux spectateurs parce qu’ils connaissent le basket, ils apportent aussi leur expérience. Même moi je compare un peu par rapport à ce que je ressens en voyant la NBA. Par exemple, avec Shaq (Shaquille O’Neal ndlr) ou Barkley (Charles Barkley ndlr) on veut avoir l’avis d’un ancien grand joueur. Néanmoins, je pense à Barkley, il peut dire pas mal de bêtises parfois ou pire, je pense également à Paul Pierce. Il a débuté récemment, il est un de mes cinq/six joueurs préférés pourtant en tant que consultant… (rires). Je ne suis pas forcément d’accord avec ce qu’il raconte. C’est donc un plus d’avoir un vécu sportif mais s’il n’y a rien d’autre, ce n’est pas intéressant. De la même manière, les anciens coachs qui ont tendance à être trop « plaquette » et tactique dans leurs commentaires à leurs débuts, je pense que certains téléspectateurs peuvent être un peu saoulé.

J’aime bien le système américain, façon TNT ou ESPN, où il y a des coaches et des anciens joueurs. Le fait d’avoir un large panel permet à tout le monde de s’y retrouver, un ancien joueur n’ayant pas la même vision du basket qu’un ancien coach. J’ai une approche plus basée sur l’analyse du joueur par exemple. Le top est lorsqu’il y a les deux, on peut penser notamment à Jacques Monclar qui a fait les deux, il a cette double vision !

L’analyse est donc basée sur l’expérience…

De la même manière qu’un coach qui a été joueur ou non, aura une approche différente. De plus, comme les joueurs NBA qui respectent directement les coaches pour leur passé, on est un peu plus légitime en tant que consultant si on est un grand nom ou un coach. Néanmoins, j’ai cœur à croire que dans dix ans, si j’ai encore la chance de faire ce métier-là, ce n’est pas ma carrière qui fera que l’on m’apprécie ou pas. Quand je vois les consultants foot ou RMC tout court, moi qui ne suis pas un passionné fou de foot, Di Meco est un de mes consultants préférés. Pourtant, quand j’ai commencé à l’apprécier je ne connaissais même pas son passé de joueur ! Le job de consultant prend le pas sur la carrière du joueur.

« Il faut faire ce que l’on peut mais pas n’importe comment »

Pour conclure, que peut-on te souhaiter pour la suite ?

Un confinement assez court (rires) ! La reprise des championnats aussi bien pour la NBA que pour notre championnat français. C’est dommage puisqu’on avait une saison quand même assez exceptionnelle ! J’avais vraiment envie de voir ce que Dijon aller faire face aux ogres Monaco et l’Asvel par exemple. La NBA je n’en parle même pas ! Enfin revenu à deux stars par équipe (rires) ! Il y avait le battle de LA, de super choses… Moi je suis dégoûté. Au moment où ça devait commencer, finalement rien ne commence… Il y a tellement d’interrogations super sympa que j’aimerais bien que le basket reprenne. Mais attention, pas n’importe comment. Sur notre territoire, pour reprendre à huis clos, ce n’est pas utile, on n’est pas capable d’avoir des matchs à huis clos (rires), de vendre quelque chose de sympa aux gens. Si c’est trop long autant l’arrêter mais si c’est l’histoire d’un mois, un mois et demi… Mais il faut prévoir une reprise des joueurs pour éviter les blessures. Le contexte est très particulier, moi-même j’ai la chance d’avoir un préau qui me permet de m’entretenir comme je peux mais comme les joueurs je ne touche pas le ballon (rires) ! Il ne faut pas forcer et avoir des matchs qui seront dégueulasses. Il faut faire ce que l’on peut faire mais pas dans n’importe quelle condition.

Un grand merci à Raphaël Desroses qui a accepté de répondre à nos questions.

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