Laurent Lokoli : Je ne trouve pas ça normal qu’un joueur 300ème mondial ne puisse pas gagner sa vie.

Tennis. Open international d'Ajaccio by Vito : un Lokoli ...
Laurent Lokoli lors de l’Open d’Ajaccio qu’il a remporté en 2019 – Crédits : JEAN-PIERRE BELZIT

Révélé au grand public lors de Roland Garros 2014, Laurent Lokoli nous raconte son parcours, de la Corse à l’Espagne en passant par L’INSEP. Aujourd’hui 358ème  joueur mondial, il nous livre également sa vision du tennis mondial et de ses instances en cette période de coronavirus.

Peux-tu m’expliquer ton parcours jusqu’à ton entrée dans le milieu professionnel ?

J’ai commencé le tennis à l’âge de 3 ans. Au début je ne faisais que du tennis. Puis je me suis mis au football, mon père étant un ancien joueur de football professionnel. J’ai pratiqué ces 2 sports pendant 4-5 ans puis on m’a dit qu’il fallait que je choisisse si je voulais devenir joueur professionnel et j’ai choisi le tennis assez rapidement. 

J’ai eu la chance de faire partie des meilleurs joueurs de ma génération depuis petit. J’ai intégré le pôle France de Boulouris à l’âge de 11 ans. J’ai passé 4 ans là-bas et je suis devenu champion de France. J’ai intégré l’INSEP à 16 ans et j’ai gagné le tournoi de l’Orange Ball. J’ai validé tous les paliers chez les jeunes et cela m’a permis de pouvoir rester au sein de la fédération Française de Tennis et d’y être accompagné au fil de mon parcours. À cette époque, tout suivait son cours. Mondialement j’ai été classé 21ème chez les juniors, j’ai fait 3 Grand Chelem sur 4. Et après petit à petit j’ai commencé à jouer les Futures, à m’intégrer dans le monde professionnel assez naturellement.

En 2014, tu participes à ton premier Roland Garros à seulement 19 ans et tu te situes alors autour de la 430ème place mondiale. Depuis, tu as eu des hauts et des bas : des qualifications en Grand Chelem souvent suivies de chutes au classement ATP. Aujourd’hui tu es classé à la 358e place, quand tu regardes en arrière, qu’est-ce que tu retires de ce parcours ?

Je garde vraiment un très bon souvenir de mon Roland Garros en 2014. C’était mon premier tournoi du Grand Chelem chez les seniors. J’aurai aimé gagner ce match-là contre Johnson, mais ça reste un très bon souvenir car il y avait énormément d’ambiance.

Ensuite j’ai eu effectivement pas mal de hauts et de bas. Aujourd’hui, je pense que j’ai manqué de stabilité. Je n’ai pas réussi à trouver un entraineur qui me correspondait, quelqu’un en qui je pouvais avoir confiance à 100%, avec qui échanger pleinement sur mon tennis. J’ai aussi fait des erreurs personnelles et professionnelles bien sûr. J’ai voulu rentrer chez moi en Corse parce que mon île me manquait, je l’avais quitté depuis l’âge de 11 ans. Je voulais créer mon projet ici chez moi, mais malheureusement ça ne s’est pas passé comme je le souhaitais. Après je suis quelqu’un qui ne se retourne pas, j’assume ce que j’ai fait, ça m’a fait grandir et j’ai appris beaucoup de choses. Alors oui certainement aujourd’hui, avec le recul j’aurai fait les choses différemment mais je ne regrette rien. C’est mon parcours qui fait la personne et le joueur de tennis que je suis aujourd’hui et je me sens un bien meilleur joueur de tennis qu’il y a 5 ans. J’en tire du positif et surtout de l’expérience aujourd’hui parce que ces erreurs ont fait partie de moi, sachant que j’ai aussi fait des bons choix. Après il y a des choses que l’on ne contrôle pas. J’ai été énormément blessé mais je pense que c’était lié au fait que je n’étais pas bien psychologiquement. J’avais le manque de ma famille, je ne voyais pas ma copine comme je le souhaitais. Il me manquait des choses et peut-être que sur le terrain je n’étais pas pleinement heureux, je ne vivais pas pleinement mon tennis et c’est aussi ce qui m’a conduit à me blesser. Aujourd’hui, ça fait 1 an et demi que je n’ai pratiquement plus eu de blessure, parce qu’aujourd’hui dans ma tête je me sens très bien. Je pense que la clé a été là. Mais encore une fois, peut-être que si je n’étais pas passé par toutes ces étapes-là, je ne me serai pas posé les bonnes questions et je n’en serai peut-être pas là aujourd’hui.

Le tournoi de Roland Garros 2017 et ce match contre Klizan est-il un tournant de ta carrière ? 3 ans après comment tu vois ce moment ? (À la fin du match, Laurent Lokoli n’a pas serré la main de son adversaire estimant qu’il lui avait manqué de respect pendant le match)

Avec beaucoup de recul j’assume ce que j’ai fait et je ne regrette pas. Après dans le futur c’est quelque chose que je ne referai pas mais en même temps, à ce moment-là, je ne me rendais pas compte que ça allait avoir un tel impact. Parfois ça passe mal sur un terrain, et ça arrive que les joueurs ne se serrent pas la main à la fin du match. C’est quelque chose qui peut choquer les gens je peux le comprendre. Mais à ce moment-là, dans ma tête, il faut aussi reprendre le contexte : ça faisait 4h que je jouais, il y avait beaucoup de tension et j’avais envie de passer mon premier tour. Je suis quelqu’un de fair-play mais je n’ai vraiment pas aimé à ce moment-là son attitude. Je n’ai pas eu la réaction adéquate, aujourd’hui je m’en rends compte mais c’est quelque chose que je ne regrette pas et que j’assumerai toute ma vie. En tout cas, si demain il m’arrive la même chose je gèrerais les choses différemment. Mais encore une fois ça fait partie de mon expérience de joueur de tennis et de vie.

Roland-Garros : battu, le Français Lokoli refuse de serrer la main ...
Laurent Lokoli, lors du match face au Slovaque, Martin Klizan, le 30 mai 2017 – Crédits : Eric FEFERBERG / AFP

Après l’épisode de Roland tu décides de rentrer en Corse et de lancer une structure d’entrainement là-bas mais un peu plus d’un an après son lancement ce projet est stoppé faute de financements. Est-ce que tu as des regrets que ce que tu as définit non pas comme un « projet Lokoli » mais un « projet Corse », visant à développer le sport sur l’île ait échoué ?

Ça a été un énorme crève-cœur. Je l’ai vraiment vécu comme un échec pas qu’à titre personnel mais vraiment aussi à titre collectif, parce que je le pense encore aujourd’hui c’était une chose qui aurait pu entrainer un mouvement derrière le tennis en Corse. J’avais monté une équipe très professionnelle, qui s’est dévouée corps et âme dans ce projet mais il y a eu beaucoup de paroles et peu d’actes. En plus de ça, j’ai eu un souci personnel à ce moment-là et ça a été une période très délicate. Tout ça a fait que ça ne s’est pas passé comme je l’aurai souhaité et forcément ça s’est ressenti dans mon tennis et a entrainé de nouvelles blessures.

Depuis tu t’entraines au sein de l’académie WGTA à Barcelone. Pourquoi ce choix et comment se passe ta vie là-bas ? Est-ce que s’expatrier était nécessaire pour relancer ton ascension ?

Après mon échec en Corse, je me suis vraiment demandé où je voulais aller, ce que je voulais faire avec ma vie. À ce moment-là je voulais arrêter le tennis. Je me disais que j’avais fait mon temps dans ce sport, que j’avais vécu des belles choses mais que je n’étais pas arrivé là où je voulais et qu’il fallait peut-être que je l’accepte. Mais mon entourage m’a relevé. Ils m’ont dit que je n’avais que 23 ans, qu’il fallait que j’essaye de trouver un endroit où je me sente bien. Suite à ça j’ai passé des coups de fils à des amis sur le circuit et 2 structures sont ressorties, en Italie et en Espagne. Je devais faire un test à Barcelone puis après en Italie. Je suis allé à Barcelone et je ne suis jamais reparti.

J’avais ce besoin de partir à l’étranger, de quitter la Corse et même la France pour découvrir quelque chose de nouveau, avec un entraineur qui ne me connaissait pas, dans une langue nouvelle, et continuer d’apprendre. C’est ça le plus important pour moi, c’est de se lever tous les matins avec une soif d’apprendre et je pense que c’est ce qui m’a redonné l’envie de jouer au tennis. J’y suis allé pas à pas, je ne me suis pas dit « j’ai été 200ème maintenant je suis 1100ème, je vais devoir repartir dans les qualifications de Future comme quand j’avais 17 ans ». Je me suis juste dit, c’est ma vie. J’ai fait ce choix-là de ne pas arrêter, de reprendre le tennis, de me battre. À partir de ce moment-là j’étais prêt à tout accepter. Petit à petit j’ai réussi à faire une belle année et en peu de temps je suis passé de la 1100ème place à la 350ème place mondiale. Je pense que ces nouvelles bases m’ont permis de faire cette belle année.

« Je savais que ce match allait changer ma saison. »

Aujourd’hui tu es classé à la 358ème place mondiale au classement ATP. À quels types de tournois tu as participé depuis ton arrivée à Barcelone et quel a été ton parcours pour revenir là où tu es aujourd’hui ?

J’ai commencé par les tout petit tournois, les qualifications de 15 000 (la dotation du tournoi). À ce moment-là, je n’avais plus de points ATP, mais uniquement des points ITF donc c’était compliqué pour rentrer dans les tableaux. Et puis ça s’est débloqué en février 2018. J’ai fait une finale en Egypte et j’ai obtenu une Wild Card pour être dans le tableau au tournoi de Cherbourg (Challenger ATP). Pour moi c’était vraiment une super nouvelle parce que ça m’offrait la possibilité de marquer mes premiers points ATP et « sauver mon année », me permettant de participer à des tournois mieux dotés. J’ai gagné mon premier tour à Cherbourg et c’était un soulagement car je savais que ce match allait changer ma saison. Je me suis retrouvé classé à l’ATP avec 3 points et j’ai pu rentrer dans les tableaux de 25 000.

J’ai donc pu commencer à enchainer les 25 000, à gagner beaucoup de matchs et un tournoi en avril 2019. La confiance est revenue, je commençais vraiment à mieux servir, être de plus en plus fort en coup droit, j’étais beaucoup plus solide. En mai-juin, j’ai dit à mon entraineur que j’avais besoin de jouer sur dur, de me sentir plus offensif et que je me sentais un peu bridé sur terre, je ne pouvais pas attaquer comme je voulais. Mon entraineur m’a alors proposé une programmation sur dur à Bilbao et m’a accueilli chez lui au pays basque pendant 2 semaines. Pendant ces deux semaines là, j’ai produit du très bon tennis. Depuis Roland 2014, je n’avais plus eu de sensations comme ça.

Après je suis allé jouer le tournoi d’Ajaccio dans un contexte particulier parce que j’ai joué chez moi, c’est un tournoi qui m’a fui plein de fois. Cette fois-ci j’ai réussi à me libérer et j’ai même finis par gagner le tournoi difficilement étant mené 6-3 5-2 en finale contre Quentin Robert mais j’ai réussi à renverser la situation. Ça a été vraiment une belle étape de franchie pour moi de gagner ce tournoi. Les gens chez moi commençaient à beaucoup parler sur le fait que je n’étais pas capable de le gagner. D’ailleurs ce sont des tournois qui ne sont pas facile à gagner. Thiago Seyboth Wild que j’ai battu en ¼ de finale est top 100 aujourd’hui. Même dans des 25 000 tu affrontes des joueurs qui jouent très bien au tennis. Si tu n’as pas un niveau top 250, tu ne gagnes pas ces tournois.

Est-ce qu’avec l’entraineur que tu as actuellement tu as l’impression d’avoir trouvé quelqu’un qui te correspond ?

C’est quelqu’un dont je suis très proche, avec qui j’ai trouvé beaucoup de choses que je n’avais pas trouvé chez mes anciens entraineurs. Ce n’est pas simple parce que ça n’est pas mon entraineur personnel, c’est l’entraineur de l’académie. Je suis obligé de le partager avec les autres joueurs de l’académie. Au début on était peu mais aujourd’hui on est le double voire le triple de joueurs donc forcément il est de moins en moins avec moi. Mais c’est quelqu’un avec qui je m’entends très bien et c’est certain que si j’ai fait une belle année c’est grâce à lui.

Laurent Lokoli avec d’autres joueurs et encadrants de la WGTA academy – Crédits : WGTA

Quel est ton quotidien sur un tournoi ?

Quand on est dans les tournois c’est toujours un peu la même chose. Hôtel, petit déjeuner, on rentre se reposer dans la chambre et on attend le match. En général, je joue le matin. Si je fais le double je vais rejouer dans l’après-midi mais c’est rare que je fasse les deux. Si je gagne, je vais aller faire ma récup, courir, faire du vélo, m’étirer et puis je vais me reposer toute l’après-midi à l’hôtel.

Après globalement c’est une vie de solitaire. Si tu as ta copine avec toi tu peux aller te balader, discuter, mais quand tu es seul c’est beaucoup de séries, des fois je prends ma Nintendo switch avec moi. Je suis passionné de danse donc ça peut m’arriver de danser un peu, de regarder des figures, des films de danse. J’essaye vraiment de m’occuper l’esprit pour que le temps passe un peu plus vite mais il est primordial de se reposer. Même si tu es à Las Vegas, tu ne peux pas aller te balader 5 heures en ville.

Être joueur de tennis professionnel c’est aussi vivre de son sport et donc des aspects financiers. Est-ce que tu vis du tennis actuellement ? Est-ce que ça a été le cas tout au long de ta carrière ?

Quand j’étais plus jeune avec les contrats que j’avais (habits et raquettes) c’était beaucoup plus simple. Encore plus avec mon parcours à Roland Garros en 2014. Malgré tout, tu te rends compte rapidement que si tu te blesses et que tu arrêtes de jouer, tu n’as plus aucune rentrée d’argent puisque en réalité, nous n’avons pas de salaire. Donc quand tu as des charges à payer, ce que nous avons tous à payer, ça devient compliqué dans les périodes où je ne peux pas m’exprimer sur les courts. Si tu ne joues pas tu ne peux pas progresser au classement et gagner de l’argent.

Est-ce que la dépendance financière au résultat est une pression supplémentaire pour les joueurs classés au-delà de la 100ème place mondiale ? Est-ce que cela vous oblige à certains sacrifices en cas de mauvais résultats ?

C’est pour tout le monde pareil. Après c’est sûr que quand tu es top 50 tu t’en soucis moins. Tu te soucis plus du fait d’avoir des bons résultats sportifs. Mais eux aussi ont beaucoup de frais engagés. Ils doivent payer leur préparateur physique, leur entraineur, les voyages. C’est pareil que pour les autres mais multiplié par 4 ou 5.

Mais c’est sûr que pour nous, les joueurs hors top 50, si ça devient plus compliqué on ne voyage pas avec notre entraineur ou notre préparateur physique. Évidemment c’est une pression mais je suis habitué à cette pression là depuis longtemps maintenant.

Y a-t-il des différences majeures dans vos conditions de préparation par rapport à des joueurs haut-classé au top mondial ?

Quand je suis à l’académie non. J’ai un entraineur, un préparateur physique au même titre que les joueurs top 50. Mais sur les tournois c’est différent. On a moins d’accompagnement qu’un joueur qui est top 50 qui voyage avec tout le monde. Il peut souvent être avec « sa famille » durant le tournoi. De notre côté on est plus souvent seul.

Roland-Garros
Le nouveau stade Philippe Chatrier vide suite au report du tournoi de Roland Garros 2020 due à l’épidémie de coronavirus – Crédits : Martin Bureau / AFP

En raison de l’épidémie du Coronavirus, tous les tournois sont suspendus jusqu’au 13 juillet. Comment gère-t-on un arrêt aussi long en pleine saison? Quelles en sont les conséquences sportives ?

En termes de classement il n’y a pas de conséquences, tout est gelé. La chance que j’ai est que j’ai été blessé pendant tellement de temps que je sais ce que c’est d’occuper son temps. Mais ça me donne l’impression d’être blessé sans l’être, c’est un peu bizarre.

Je pense que sportivement, le seul problème est qu’il faudra du temps pour retrouver son niveau d’avant, mais ça sera la même chose pour tout le monde. Je dirai que c’est le seul point noir, après il est évident que tout le monde aura des difficultés dans cette une période nouvelle. Mais ça ne touche pas que les joueurs de tennis, ça touche tous les corps de métier.

Des aides ont été lancés par l’ATP, l’ITF et la WTA.  D’autres initiatives ont été lancées de manière privée comme celle de Tsitsipas et Mouratoglou. À l’inverse Dominic Thiem s’est montré plus réticent à ce genre d’initiatives. Quel est ton avis par rapport à tout ça ?

Si je te dis que je suis d’accord avec ça on va me dire que c’est parce que je suis dans les clous. Je comprendrais ce qui me disent ça parce que c’est vrai. Ils ont dit qu’ils allaient aider les joueurs qui étaient entre la 250ème et la 700ème mondiale. Aujourd’hui en étant 358ème je suis en plein dedans. Mais je comprends la personne qui est 701ème à l’ATP, pourquoi elle n’aurait rien alors que la personne qui est juste devant avec le même nombre de points qu’elle, aurait une aide financière. Il y a débat. Je ne détiens pas la vérité là-dessus mais ce qui me gêne est que comme bien souvent dans notre sport ça part dans tous les sens. Il y en a qui prennent des décisions comme ça, d’autres qui font leur truc dans leur coin. On devrait arriver à mettre les meilleurs joueurs du monde autour d’une table et prendre une décision d’aider les personnes entre telle place et telle place.

Après ça reste de belles initiatives, il ne faut pas toujours se plaindre. C’est facile de dire : « moi je n’aurais pas fait comme ça ». Cette situation est inédite mais je trouve ça bien qu’ils aient au moins l’envie d’aider les autres et de faire quelque chose de nouveau. J’essaye de retenir le positif et de ne pas juger et critiquer parce que c’est une situation pas facile.

Stefanos Tsitsipas, Apostolos Tsitsipas et Patrick Mouratoglou célébrant un titre de Stefanos Tsitsipas. Il ont récemment lancé une action pour soutenir les joueurs au delà de la 100ème place mondiale – Crédits : Peter Staples/ ATP Tour

Est-ce que c’est nouveau que les joueurs (top 10) et les instances essayent de se mobiliser pour les joueurs moins bien classés qui vivent dans des conditions différentes, qui vivent le tennis différemment ?

Je pense que c’est quelque chose de totalement inédit. Après on sait très bien que notre système est défaillant, il y a trop de différences au niveau du prize money. Je ne suis pas le seul à le dire, John Millman 35ème mondial le dit, Nick Kyrgios le dit aussi. Aujourd’hui je ne trouve pas ça normal qu’un joueur qui soit 300ème mondial dans un sport aussi médiatisé le tennis ne puisse pas gagner sa vie. Ce n’est pas possible qu’il n’y ait que les 100 meilleurs joueurs de la planète qui gagnent bien leur vie. Dans le tennis, il y a beaucoup d’argent mais cet argent est mal redistribué, donc tout le monde ne peut pas en profiter. Les tableaux de Grand Chelem sont constitués de 128 joueurs. On ne peut pas mettre 400 joueurs dedans, donc ça veut dire qu’il y a d’autres tournois où il faudrait donner plus d’argent et reverser plus ailleurs pour que ça soit plus équitable. Je pense que l’on a un problème de fond dans le fonctionnement du système actuel.

Après je comprends aussi un joueur comme Dominic Thiem quand il dit « j’ai fait des sacrifices toute ma vie pour arriver là où je suis », c’est normal. Il a dû se frayer un chemin, ça a été super dur, il y en qui essayent toute leur vie, j’en fait partie et je n’y arriverai peut-être jamais. C’est pour ça que je ne peux pas jeter la pierre, je comprends les différentes façons de penser et je pense que ça serait se tromper de voir les choses de façon binaire. Mais à la fin il faut prendre une décision, et je pense que maintenant que tout est à l’arrêt, c’est le moment de se poser autour d’une table et dire : « il y a des trucs qui ne vont pas, il faut trouver des idées bénéfiques à notre sport, il faut que l’on innove. » Si déjà des joueurs 300, 400, 500ème mondial arrivaient à gagner leur vie convenablement, avec tous les frais qu’ils engagent ça serait une belle avancée pour notre sport.

« Si demain Djokovic, Federer et Nadal disent qu’il faut que l’on restructure le système ça se fera. Mais c’est normal, c’est les Titans de notre sport »

Tu évoques les 300-400-500ème joueurs mondiaux, et justement, d’après toi est-ce que votre voix est écoutée ?

Aujourd’hui nous ne sommes pas écoutés. Je pense que les seuls qui peuvent faire évoluer les choses sont les grands joueurs. Si demain Djokovic, Federer et Nadal disent qu’il faut que l’on restructure le système, cela se fera. Mais c’est normal, c’est les Titans de notre sport. Moi je pense que ça passera par eux mais c’est mon avis.

Mais nous on l’a vu quand on a signé une pétition contre les classements Transition Tour mis en place par l’ITF. On avait 2000-3000 signatures, ça n’a rien changé. C’est compliqué, on est dans un sport individuel où il y en a beaucoup qui voient leurs intérêts. Je ne peux pas les blâmer mais c’est la réalité. Donc aujourd’hui, maintenant qu’on a une situation mondiale qui touche tout le monde, c’est le moment d’essayer de repenser les choses.

Avec un retour sur les courts au mois de juillet-août, qu’est-ce que l’on peut te souhaiter pour la suite de ta carrière ? Jusqu’où tu veux aller ? un top 100 ?

Déjà que l’on puisse reprendre parce que je suis très pessimiste sur la reprise en juillet. Je ne sais même pas si c’est possible qu’on reprenne en 2020 pour être honnête. Pour moi la priorité à l’heure actuelle c’est qu’on éradique ce virus, qu’on puisse reprendre nos vies. 

Une fois que ça sera fini, que l’on me souhaite de pouvoir exploiter mon potentiel au maximum, voir jusqu’où je peux aller et c’est ça que je cherche surtout. Plus que les résultats, c’est de voir jusqu’où je peux aller.

Merci à Laurent Lokoli d’avoir accepté de répondre à nos questions.

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