[Interview] Julien Robert : « cette Coupe du monde est un vent de fraîcheur pour beaucoup de stade »

Est-ce que vous pouvez m’expliquer votre parcours de formation ?

J’ai eu un master en STAPS, et j’ai bossé pendant 8 ans à Decathlon. J’ai été responsable rayon, puis j’ai évolué et suis devenu directeur de magasin sur Paris. J’ai ensuite démissionné parce que je voulais changer de milieu. J’ai commencé en tant que freelance entrepreneur, avec des expériences en événementiel pur, puis spécialisé sport, avec notamment des événements comme le Tour de France. Ensuite, j’ai postulé pour devenir responsable des volontaires au Roazhon Park pour la Coupe du monde féminine.

Quand est-ce que vous avez commencé ce métier de responsable de volontaires ?

Mes missions ont commencé il y a un an et demi. Le LOC (comité d’organisation) s’est créé dès que la France a été validé en tant que pays hôte pour cette Coupe du monde. Je faisais partie des premiers à arriver sur site. Le but était vraiment de faire du lien en local avec les associations, mairie, pour trouver des volontaires. J’ai passé toute l’année dernière avec un renfort d’une personne à partir du mois de septembre, une coordinatrice du programme volontaire et le gros des équipes sont arrivées au mois de février cette année. Une superbe expérience puisque, en arrivant 15 mois avant, on a vraiment eu le temps de voir l’événement se dessiner.

Et dans votre cas, à Rennes, il y a eu combien de volontaires ?

À Rennes, 282 volontaires. Il y a l’équivalent sur les 9 villes. À noter que 282 volontaires correspond au jour de match. Sur certains jours de la semaines, nous sommes environ 40, puisque ce qui mobilise le plus de monde, c’est l’accueil des différents publics. En tout, on a reçu 7 matchs : un 1/8, un ¼ et 5 matchs de poule, dont le 3e match de l’équipe de France.

Pouvez-vous m’éclaircir sur les différentes missions de volontaires qu’il existe sur l’événement ?

D’abord, il y a des personnes qui sont là en amont de la compétition. Environ 15 jours, voire 3 semaines avant. Avec des missions d’accréditation, puisque nous avons un centre d’accréditation à côté du stade. Puis 10 jours avant les premiers matchs, il y a une période d’exclusivité, c’est-à-dire que l’on ne rentre pas sans accréditations dans un stade du mondial, donc il faut organiser tout ça. Préparer toutes les accréditations, et l’organisation qui en découle. Connaître les différents droits des différentes personnes accréditées. Ce sont les premiers volontaires mobilisés. Au niveau de la logistique, nous avons des prestataires qui entrent dans le stade pour tout mettre en place. L’idée est d’accompagner et aider ces gens-là, pour la mise en place du stade en configuration Coupe du monde. On fait ce que l’on appelle un « Clean Marketing ». Par exemple, au Stade (Roahzon Park), on a une tribune qui s’appelle Ouest France. Mais ce n’est pas un sponsor de la Coupe du monde. L’objectif du clean marketing est que les 9 stades hôtes se ressemblent. Le supporteur qui va suivre son équipe doit sentir une cohérence dans tous les stades. Ensuite, on a des personnes dispos uniquement en jour de match, ce qui est déjà beaucoup, puisque il y a 7 jours de match concentrés sur 3 semaines. Sur les jours de matchs, j’y faisais référence précédemment, il y a principalement des missions d’accueil des différents publics : médias, spectateurs, partenaires, dans l’objectif d’accompagner et guider toutes ces personnes.

« Je crois qu’ils ont besoin de se sentir respecté, d’avoir une certaine forme de responsabilités »

Vous avez organisé des événements partout en France pour promouvoir cette Coupe du monde. Pouvez-vous m’expliquer ?

La période clé, c’était le mois de septembre. Il y avait beaucoup de fêtes d’associations, ou de journées portes ouvertes. Je suis allé dans des facs, remise de trophée de la ville, visite d’associations pour tisser du lien en local. Le but était d’être adaptable. En fonction du contexte, je pouvais faire un discours de 30 secondes, pour dire que l’on avait besoin de volontaires, et parfois je pouvais présenter cette opportunité de devenir volontaire pendant 5, 10 minutes voire 15 minutes. Qu’importe le temps de parole, on était finalement toujours gagnant. Je pouvais passer après une épreuve de STAPS pour dire : « au fait, il y a la CDM l’année prochaine, n’hésitez pas à vous inscrire », tout était bon à prendre. Pour les personnes actives ou retraités, cela passait beaucoup par des associations sportives, faire un tour pour en parler, expliquer pourquoi cela peut être intéressant, tout en étant neutre. On ne va pas prendre 10 personnes de la même association, ni une, mais ce n’est pas pour autant que la candidature permettait d’officialiser sa présence. Sur le mois de juin, beaucoup ne sont pas disponibles. Il commence à faire beau, les journées sont longues. Et j’ai été très agréablement surpris, certains ont carrément posés leurs journées ! Il y a des matchs à 15 heures, ce n’est pas anodin, il faut anticiper et être là 4 heures avant, ainsi qu’un accueil du public 2 heures avant. Donc ça demande véritablement une présence sur la journée.

L’une des nombreuses opérations réalisées à Rennes, pour promouvoir la Coupe du monde féminine
France 3 Bretagne – G. Le Morvan

Donc je suppose que vous êtes amené à manager des volontaires . Est-ce plus dur de « manager » un volontaire, par rapport à un employé ?

Pour moi, le mot management correspond plus au monde professionnel. Dans notre cas, on échange avec des personnes sans contrat, rien que ça, c’est différent. Sinon, pour répondre, je pense que l’on doit toujours se souvenir que ce sont des personnes qui donnent de leur temps. En échange, on essaie de passer des bons moments, en organisant des activités, des soirées, et un beau centre de volontaires. Il y a aussi un moment important, c’est la remise de l’uniforme. Une dotation Adidas, car les volontaires n’ont pas eu à rendre leurs tenues (habits et crampons). Pour réussir à les mobiliser, il faut prêter attention à eux. Une journée dure 24 heures pour tout le monde, eux donnent de leur temps, donc c’est l’enjeu. Leur offrir des souvenirs, qu’ils se sentent bien et privilégiés. Ce n’est peut-être pas plus dur qu’un employé, mais eux, s’ils ne viennent pas le lendemain, ils n’ont pas véritablement d’engagements (c’est un engagement exclusivement moral). Je crois qu’ils ont surtout besoin de se sentir respecté, d’avoir une certaine forme de responsabilités. Ils sont là pour être sollicités, ils veulent aider. Donc il faut savoir leur donner des missions, et mon rôle avec les chefs de projets, c’est d’ajuster tout le temps l’effectif. Il ne faut pas qu’il y ait trop peu de volontaires, sinon on s’en sort pas, mais si tu en as trop, certains vont se sentir sur la touche. C’est aussi l’une des difficultés majeures, gérer l’effectif présent que l’on a à disposition. En réalité, l’engagement est mutuel. Ils donnent de leur temps, et s’engagent à nous aider. Mais nous aussi, nous devons nous engager pour qu’ils soient heureux d’avoir participé à la fin de l’événement. Ils veulent avoir le sentiment d’avoir été actif et utile.

De votre point de vue, quelle est la raison pour laquelle devenir volontaire est une bonne idée ?

D’abord, pour parler de moi, j’ai été volontaire dans un club de basket, étant jeune. J’étais entraîneur des jeunes, il fallait les encadrer, et échanger avec les parents pour les tenir au courant des événements à venir. Chaque année il y avait un tournoi, et il fallait tout prévoir (nourriture par exemple). Ce sont des détails, mais cela permet d’y voir plus clair sur un événement, c’est une expérience qui ne peut se négliger. Mais sinon, je dirais que l’avantage est surtout le réseau. Beaucoup disent que dans l’événementiel sportif, c’est surtout du réseau. Mais la réalité est que c’est le cas dans tous les domaines. Je crois que c’est difficile pour un étudiant de le comprendre. Personne n’a de métier dans sa poche à donner, par contre, à long terme, on peut penser à toi. C’est un projet professionnel longue durée, et ça c’est dur à comprendre. Peut-être que la personne qui a été volontaire sur les 7 matchs recherche un emploi, et si la personne s’investit vraiment, est douée dans ce qu’elle fait, peut trouver une opportunité par la suite. Ce ne sera peut-être pas 1 semaine plus tard, mais peut-être la semaine qui suit, dans les mois qui suivent ou même les années, que tu peux recevoir un message d’une personne qui avait apprécié ta façon de travailler. Il faut l’accepter et en prendre conscience, parce que sur long terme, cela peut véritablement être payant.

Vous avez aussi été chargé du recrutement. Pour cet événement, quels étaient les critères de recrutements ?

Notre sélection reposait sur trois critères majeurs : avoir plus de 18 ans, être motivé, et être disponible, minimum les 7 jours de match. Et encore une fois, une disponibilité de 7 jours dans un créneau de 3 semaines, c’est énorme. Pour l’anecdote, lors de l’entretien (qui a lieu 1 an avant l’événement) certains avaient déjà posé leurs jours donc congés, donc forcément, l’engagement des gens joue un rôle sur notre sélection finale. Mais c’est beaucoup plus dur pour des étudiants, ils ont des plannings instables, donc c’est toujours difficile de se projeter sur l’année suivante.

L’expérience, le métier, ce ne sont pas des critères pris en compte dans votre critère de recrutement ?

Non. On ne prend pas forcément le métier ou la formation en compte. Certains en sont à leur 10e événement, sans pour autant être dans le milieu. Une personne avec moi était déjà volontaire aux JO d’Albertville (1992), la Coupe du monde 1998 de football ou la Coupe du monde de rugby en 2007. Et pour d’autres, c’est une première. Donc effectivement ce n’est pas un critère, on tenait à avoir une diversité de profil. On voulait laisser de la chance à ceux qui n’ont jamais eu d’expérience, je pense que c’est important. Également, la Bretagne est une terre de festival, donc ils ont l’habitude d’avoir des besoins en tant que volontaire. Et il y a beaucoup de similitudes, ce n’est pourtant pas du sport, mais cela reste un événement, donc c’est très valorisant, et plus valorisant que le critère de la formation par exemple.

Est-ce que vous avez ressenti et ressentez l’engouement qu’il y a pour cette Coupe du monde féminine « en interne » ?

Oui, je l’ai vraiment ressenti, et il faut aussi notifier que cette Coupe du monde est un vent de fraîcheur pour beaucoup de stade « à dimension humaine ». Même le match d’ouverture, il s’est joué au Parc des Princes. On veut des stades pleins, et ça, cela ne peut qu’être bénéfique pour l’expérience spectateur. J’avoue avoir été particulièrement étonné de l’ambiance. Pour te donner un exemple récent, pour le match Thaïlande – Chili. Je me suis demandé qui allait venir, mis à part les populations de ces pays, mais ça ne remplit pas un stade. Mais pour autant, j’ai ressenti l’ambiance d’un mondial, et beaucoup se sont déplacées. Et par rapport à certains matchs de Coupe du monde chez les hommes, le fait d’avoir des matchs avec des sièges pleins, ça te donne une autre atmosphère, j’ai ressenti cette envie de célébrer le football. Certains d’origines thaïlandaises, ou qui ont des liens plus ou moins proche avec la Thaïlande, ont eu envie de venir célébrer les nations. C’est tellement beau de voir l’impact culturel que cela peut avoir sur les différentes villes hôtes, et ça a véritablement été le cas dans la ville de Rennes.

Amandine Henry, capitaine des bleues, part en contre attaque pour le 3e match de groupe de l’équipe de France, face au Nigeria. (1-0) / afp.com – Franck FIFE

Et vous avez réussi à avoir le nombre de volontaires que vous espériez ?

Oui. On a eu 1200 candidatures et on a vu 800 personnes. Cette différence vient du fait que les candidatures ont eu lieu un an avant, et certains peuvent avoir des imprévus entre-temps. C’est notamment ce que j’expliquais avec le planning des étudiants. Certains réalisent l’investissement bien plus tard. Le fait de concrétiser la demande avec un entretien formalise l’opportunité. Et sur les 800 personnes, seulement 282 personnes ont été retenues. C’est une bonne chose, nous avons eu la liberté de choisir. Et pouvoir choisir te permet d’avoir une diversité de profils, et des personnes motivées. Certains ont une expérience, d’autres non, mais on a réussi a créer un groupe, l’ambiance était très bonne, et c’était le véritable objectif.

Qu’est-ce que je peux vous souhaiter pour la suite ?

Professionnellement, pleins d’autres événements. Mon contrat se termine après l’événement, on est rattaché à la FFF et ce comité a été spécialement pour cette Coupe du monde 2019. Ma mission se termine fin juillet. Ensuite je ne souhaite peut-être pas enchainer des événements tous les 6 mois, mais plus de stabilité, des événements à long terme. On a le rugby en 2023 (Coupe du monde) qui arrive, Paris 2024 également. Pour l’anecdote, sur cette compétition (la Coupe du monde féminine), nous avons 2500 volontaires environ. Sur les JO de Paris, c’est environ 70 000. Forcément, cela ne s’organise pas de la même manière, c’est actuellement en train de se construire. Après ce n’est pas sur 9 sites, l’agencement est différent, c’est plus centré sur Paris, même s’il y a Marseille et différents stades de foot. Mais tu vois la proportion que cela peut être.  

Bonus

Quel souvenir vous resteras gravé de cette Coupe du monde ?

Le moment de la Marseillaise lorsque la France a joué à Rennes. D’ailleurs lorsque je t’en parle, j’en ai encore la chair de poule. On a un devoir de neutralité, mais les frissons ont été difficiles à contrôler (rire).

Merci à Julien Robert d’avoir pris le temps d’échanger avec nous dans le cadre de notre interview.

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