[Interview] : Jonathan Tinhan : « Je voulais être vétérinaire »

Jonathan Tinhan jouant pour les couleurs de son club actuel | IUT Troyes

Alors que rien ne le destinait à devenir footballeur professionnel, Jonathan Tinhan, franco-béninois de 29 ans, a pourtant bien réussi à le devenir après ses débuts en 2005. Le joueur notamment passé par Grenoble, Montpellier, Amiens ou Troyes a accepté de répondre à l’appel. À travers cette interview, il se livre : son parcours, ses souvenirs, ses ambitions et ses motivations.

Peux-tu m’expliquer ton parcours de formation ?

J’ai commencé le football en club à 7 ans, à Eybens. À 13 ans, je suis parti à Echirolles parce que mon frère y jouait. Ça ne s’est pas très bien passé donc un an plus tard, je suis reparti à Eybens. Grenoble a essayé de me recruter rapidement après mon retour, j’avais 14 ans à ce moment-là. Néanmoins j’ai refusé la proposition. J’ai encore refusé 1 an plus tard, à mes 15 ans. J’ai dis non parce qu’à ce moment-là, le football n’était pas ma priorité. J’ai préféré rester avec mes amis d’enfance dans mon club, c’était avec eux que j’aimais jouer. Puis arrive mes 16 ans, l’époque où Grenoble a eu l’agrément pour le centre de formation. J’ai décidé d’y aller après concertation avec mon frère, mais je n’avais toujours pas en tête l’ambition de devenir joueur de foot. Mon frère m’a soutenu, m’a poussé à le faire, je n’avais pas envie d’avoir des regrets, et c’est pour cela que j’y suis allé. La première chose qu’ils m’ont demandé quand je suis arrivé au centre de formation, c’est ce que je voulais faire plus tard, et même précisément si je voulais être footballeur. J’ai répondu  “Non, je veux être vétérinaire”. Pour te dire à quel point le football n’était pas encore dans mon esprit. D’ailleurs à cette époque j’étais dans un lycée privé, et « ma condition » pour intégrer le centre de formation, était de me laisser rester dans mon lycée. C’était important pour moi et ils ont accepté. Ils ont ensuite aménagé mes horaires pour que je puisse allé m’entraîner tous les jours. 

Débute donc ton aventure en centre de formation, raconte-nous ?

Quand j’intègre le centre de formation de Grenoble Foot 38, ça se passe super bien. Au bout de 6 mois, je signe un contrat aspirant alors que j’étais jusque là sous convention. J’ai joué 2 ans en tant qu’aspirant, et à la fin de ce contrat, j’ai 18 ans et ils me proposent un contrat stagiaire pro. C’était l’année du BAC, et j’ai senti à ce moment-là que j’étais très proche d’être pro. Forcément, tu te poses beaucoup de question. Mais j’ai fini par prendre ma décision, je me suis dis : “je vais tout faire pour être pro, je mets le foot en priorité”. Ce n’est qu’à mes 18 ans que le déclic a eu lieu.

Tu réussis ensuite à devenir professionnel dans ton club formateur, le Grenoble Foot 38. Qu’est-ce ça fait en tant que joueur de faire son premier match dans son club formateur ? Comment on se sent ?

Sur le moment, c’est exceptionnel, surtout que de ma génération. Il n’y en avait pas beaucoup qui avait joué avant moi puisque j’ai joué mon premier match à la deuxième journée du championnat. Sur le coup, c’est extraordinaire. “Après coup”, mon match s’est très très mal passé. Je suis rentré 25 minutes et j’ai fait une entrée catastrophique. Après ce match, le coach a dit à mon agent que je n’étais pas prêt, il devait avoir raison. Malheureusement, après ce match je n’ai plus fait d’apparition dans le groupe pro jusqu’en janvier. Par contre à partir de janvier, ça s’est beaucoup mieux passé. J’étais dans la rotation et mes performances était bien plus satisfaisante.

L’année où tout commence pour Jonathan, au GF38 | MINOLTA DIGITAL CAMERA

À qui dois-tu ce succès ? Et dans le milieu du foot, à qui le dois-tu en particulier ?

D’abord, je suis bien obligé de parler de mon grand frère. C’est lui qui m’a poussé à me lancer dans l’aventure au départ, qui a cru en moi. Mon ami d’enfance(Hugo Cianci) avec qui j’ai été en formation et en début pro a aussi eu son rôle à jouer dans ma carrière. Ensuite, dans le milieu du football, c’est difficile à dire.(Réfléchis) Je n’en ai pas un en particulier. D’abord, mes agents,  qui ont eu un rôle important dans ma carrière, et ensuite, une grande partie de mes coachs. L’entraîneur qui m’a lancé en centre de formation. C’est forcément une rencontre qu’aucun joueur de football ne peut oublier. Bernard Blaquart que j’ai eu en centre de formation, qui lui aussi m’a beaucoup fait confiance, jusqu’à me faire signer un contrat « stagiaire pro » alors que j’étais blessé.(À noter que Bernard Blaquart est l’actuel coach de Nîmes, en Ligue 1). Sans oublier mon premier coach en pro qui m’a permis d’intégrer le monde professionnel, Mécha Bazdarevic. 

À ton avis, quand tu passes pro, qu’est-ce qui fait que c’est toi qui deviens pro, et pas un autre ? Quelles sont les qualités qui ressortent d’après toi ?

Evidemment, pour tout footballeur, il y a le talent, c’est indéniable d’en avoir pour percer dans le milieu du foot. Ensuite je pense qu’il y a une part de chance, des joueurs extrêmement talentueux en ont et certains n’ont finalement jamais réussi à passer ce cap. Me concernant, je pense que ma faculté  a été, à l’époque, de prendre le football pour un jeu, et c’est ce qui m’a réussi. Je sais qu’à l’époque j’étais entouré de joueur qui voulait être pro depuis tout petit, qui se sont donnés les moyens d’y arriver depuis le départ, et qui ont réussi aussi. Je n’ai pas la réponse absolue, je pense que c’est propre à chacun. En tout cas pour ma part, c’est ce qui m’a réussi, j’essayais vraiment de garder cette notion de plaisir et d’aller jouer au foot pour m’amuser.

En 2011, tu intègres le MHSC où tu resteras 3 ans, tu vas y vivre cet incroyable succès en 2012(champion de France). Même sans avoir beaucoup joué, comment vis-tu cette année-là ? 

Complètement. La victoire renforce un groupe. Quand les résultat sont là, beaucoup de choses passent beaucoup plus facilement. Le groupe devient de plus en plus soudés, et plus vite. C’était énorme à vivre. Je suis passé du dernier de Ligue 2 l’année précédente à un titre de champion de France l’année suivante. Le football peut aller vite, et cette année-là a été exceptionnelle.

Jonathan Tinhan lors de son premier entraînement avec l’ESTAC, qui a renouvelé son contrat depuis 2020. | L’Est Eclair

C’était quoi la clé de la réussite, pourquoi vous(MHSC) finissez premier à ton avis ?

Pour moi, le secret de cette réussite est qu’il y avait beaucoup de jeunes de la même génération qui venaient de sortir du centre de formation et donc, qui se connaissaient déjà depuis plusieurs années. Ça mêlé aux anciens qui étaient là pour encadrer. C’est le juste milieu entre la jeunesse et l’expérience qui a permis ce succès, pour moi.

Actuellement en contrat avec l’ESTAC jusqu’en 2020, te vois-tu footballeur encore longtemps, où est-ce que c’est pour toi, le meilleur moment pour faire ta transition professionnelle ?

Il est vrai qu’aujourd’hui bon nombre de joueurs jouent jusqu’à 34-35 ans, il ne faut jamais dire jamais, mais je ne me vois pas continuer plus longtemps que ma période de contrat. Mais ça ne m’empêche pas d’avoir jusque-là pleins d’objectifs sportifs.

Pour parler de ton projet professionnel. Tu veux devenir développeur web, tu as d’abord fait une formation en même temps qu’être footballeur, d’où vient l’idée ?

C’est les aléas de ma carrière qui m’ont fait réfléchir. Après Montpellier je suis parti à Istres en national, j’y suis resté 6 mois puis ensuite j’ai enchaîné 6 mois au Red Star et mon expérience au Red Star s’est mal passée. En tout cas sur le point de vue sportif car je n’ai pas été renouvelé, donc je me suis retrouvé en fin de contrat. Après avoir connu la Ligue 1 et tous ces beaux moments, se retrouver en national et batailler pour monter ça donne un sacré coup au moral. Et là, j’ai dû véritablement me remettre en question, j’ai compris qu’une carrière de footballeur pouvait se terminer n’importe quand. Je me suis dis “si ma carrière s’arrête demain, je veux me sécuriser”, et donc j’ai cherché à me tourner vers quelques choses parce que je n’avais pas envie de rester sans rien. L’UNFP m’a beaucoup aidé. Pendant 1 an j’ai réfléchi avec eux vers quoi me tourner, quel métier. Je voulais un milieu qui me plaise et dans lequel il y a des débouchés. Je me suis tourné vers le web, sans pour autant vouloir mettre fin à ma carrière sportive.

Est-ce que l’avenir professionnel est un sujet que l’on évoque entre joueur, et même dans le staff du club ? Est-ce que l’on t’a déjà dit : « Jonathan, tu as 29 ans, as-tu des idées pour ton avenir ? »

Non, en tout cas dans mon cas, jamais. L’exception est lorsque l’on approche les 34-35 ans, il se peut que lors d’une signature de contrat on évoque une reconversion avec le club. L’idée de travailler dans le staff du club par la suite pour avoir un autre rôle. Mais mon but ce n’était pas de rester dans le football. Donc c’est vrai qu’à part les moments en fins de carrière on en parle pas. Je trouve qu’on ne nous prépare pas assez, même en jeune, on nous dit pas assez que c’est possible de faire les deux. À l’heure d’aujourd’hui on a l’impression qu’il est impossible de faire des études et d’être footballeur, alors que si. Il faut beaucoup de motivation et d’investissement, ça c’est clair. Mais par contre c’est possible. Maintenant il y a tellement d’organismes à distance qui s’adapte, il faut en profiter. Avoir une licence tout en étant professionnel c’est possible, vraiment.

Même si développeur web c’est loin, même très loin du milieu sportif. En quoi, pour toi, le fait d’avoir eu une carrière dans le sport de haut niveau, est un plus pour réussir ton après carrière ? 

C’est la mentalité. Ne rien lâcher, être perfectionniste, être exigeant avec soi-même. Mais également savoir travailler en groupe. On dit souvent que le football est un sport individuel dans un sport collectif, mais ça définit aussi le monde de l’entreprise. Savoir se remettre en question personnellement(sur ses performances) tout en apprenant à jouer avec ses coéquipiers. Dans le monde de l’entreprise, c’est pareil, donc je pense que ça me servira énormément.

Pour terminer, on est le 27 octobre 2018, qu’est-ce que je peux te souhaiter pour la suite ?

Je suis en période d’examen jusque fin novembre pour valider ma licence. La naissance de ma fille aussi, prévue pour fin novembre. Donc me souhaiter que les choses se passent bien à tous les niveaux(rire).

Merci à Jonathan Tinhan d’avoir accepté de répondre à nos questions.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *