[Interview] Jean Bronner : « Ce fait de partir de zéro, trouver les idées jusqu’à en faire une création, c’est vraiment excitant. « 

À l’heure où les réseaux sociaux ne cessent d’évoluer, certains métiers en sont directement impactés. C’est le cas du métier de graphiste, qui par des réalisations visuelles, subliment et crédibilisent les clubs et joueurs. Même s’il n’est pas diplômé, l’un d’entre eux sort du lot, Jean Bronner, 19 ans, que l’on a interviewé pour vous.

Bonjour Jean. Quel est ton parcours de formation ?

J’ai fait un bac S-SI, à cette époque-là, je n’étais absolument pas dans l’optique de devenir graphiste, je m’orientais vers l’ingénierie. Mon cursus m’a permis d’avoir quelques bases dans la programmation, mais léger par rapport au secteur dans lequel je suis aujourd’hui. Je suis actuellement en première année d’études, en DUT MMI (métiers du multimédia et de l’Internet) à côté de Strasbourg. J’ai la chance de faire des études dans lesquelles je peux toucher à tout, que ce soit des métiers orientés dans la communication, le développement web, et autres..

Comment t’es venue cette envie de devenir graphiste ?

Depuis que je suis petit, j’aime créer. Que ce soit dessiner ou même peindre. Concernant le métier de graphiste, l’idée me venait en tête parfois, mais sans trop y penser. Mais je me suis mis petit à petit à faire des montages. J’ai commencé en seconde, pour le fun, pour des amis ou pour le simple loisir d’en faire. Des montages qui concernaient le football, ou du moins des montages liés aux sports ou des événements qui me plaisait. Puis j’ai commencé à avoir quelques travaux ou contrats, et c’est à partir de là que j’ai réalisé à quel point j’aimerais en faire mon métier.

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Ce sont des métiers encore jeunes. Comment ont réagi tes parents ?

Dans ma famille, personne n’est dans la communication ou des métiers proches de celui dans lequel je travaille actuellement. Ils sont dans le secteur de la santé donc ils ne connaissent pas du tout ces nouveaux métiers. J’ai la chance d’avoir des parents ouverts d’esprits, et ils m’ont toujours permis de choisir ce que je voulais faire dans mes projets d’études. Au départ ils m’accompagnaient sur des salons de l’étudiant, donc ils ont pu découvrir ce métier à mesure du temps, et mieux le comprendre.

Comment as-tu eu tes premières opportunités ?

Honnêtement, au départ je ne le faisais pas pour la visibilité, ou dans un objectif défini. Je le faisais en tant que loisir et ça me plaisait. L’un des premiers points à noter, c’est que je faisais toujours des visuels sur de l’actualité, donc forcément ça peut créer des interactions plus facilement. Je faisais des visuels sur des joueurs, et j’essayais d’identifier le joueur ou le club en question qui était dessus. C’était ma technique pour essayer de montrer mon travail, et pour avoir des retours. Au fur et à mesure, même si tu n’as pas toujours des retours, il m’est arrivé d’échanger avec des joueurs qui venaient me voir en privé. Quand tu les identifies, s’ils apprécient ton travail, ils peuvent être intéressés et viennent te voir pour savoir si tu peux leur faire un nouveau visuel. Il y en a avec qui je le faisais directement, mais c’est vrai qu’avec le temps, j’échange de plus en plus avec des intermédiaires : ceux qui gèrent les réseaux sociaux des joueurs, des agents, ou plus communément, des agences. Ils ont l’habitude de travailler avec des graphistes, donc professionnellement, c’est beaucoup plus simple.

Visuel réalisé pour Baptiste Reynet, l’un des premiers joueurs avec qui Jean a été en contact. © LJ Stration

Peux-tu m’expliquer le déroulement pour un projet lambda ?

D’abord, il faut préciser que cela dépend de chacun en terme d’organisation, mais je vais te partager comment je travaille de façon chronologique. Lorsque je reçois une demande, il y a différents cas de figure. Certains clients me formulent une demande avec un brief très précis. Dans l’autre cas de figure, les clients me permettent d’avoir « carte blanche », c’est-à-dire que tu as une idée globale du projet et une véritable liberté créative. Quand je reçois la demande, je l’analyse et j’essaie de la comprendre. Ensuite, je commence à faire des tests et des recherches. Il y a des projets sur lesquels j’ai beaucoup travaillé visuellement, et cela m’a permis d’avoir des réflexes que je n’ai pas sur d’autres sports. Des projets sur lesquels j’ai l’habitude de travailler les différentes positions des joueurs, l’univers du sport à proprement parler. Malgré tout, la veille créative, je la fais au quotidien. J’ai des notifications sur Behance et Pinterest, qui permettent d’observer les dernières tendances, de nouvelles idées, et de suivre certaines personnalités créatives. Par exemple, Emilio Sansolini a une créativité dingue, des idées incroyables, une vraie personnalité. Il suffit de voir un visuel pour savoir que cela vient de lui. Néanmoins, pour ma part, l’idée vient en la travaillant. Pour la réalisation d’un visuel, on m’envoie généralement des images. Vu que je travaille souvent avec des agences, ils font toujours en sorte de récupérer le plus de photos possible sur des événements, grâce aux photographes présents sur les lieux. Sinon, ils m’envoient des codes sur des banques d’images en ligne, je leur dis quelles photos m’intéressent, et eux l’achètent. Ensuite, je commence la création, et à force de faire des tests, j’obtiens un résultat. Parfois, mon résultat est conforme avec mon idée de départ, parfois pas du tout prévu. C’est l’une des choses qui me prend le plus de temps dans cette activité : trouver l’idée. Pour le reste, c’est sûr qu’avec le temps, on commence à avoir une certaine patte, un mode de fonctionnement, donc tu es de plus en plus efficace dans ton travail.

Quelle est l’étape la plus « excitante » , et la plus difficile pour toi ?  

Essayer de trouver de nouvelles choses. La procédure est la même pour chaque visuel : tu pars de zéro, et tu essaies d’être satisfait à la fin de ton travail. Ce fait de partir de zéro, trouver les idées jusqu’à en faire une création, pour moi, c’est le plus excitant. Mais comme dans chaque métier, il y a forcément des choses qui sont plus frustrantes, mais c’est normal. Parfois le client a un point de vue différent, et tu n’arrives pas à lui faire comprendre que ce qu’il te demande ne sera pas aussi bien visuellement qu’il le pense, que cela risque de dénaturer le visuel. Mais c’est le jeu aussi, le client est propriétaire du projet, il faut être capable de s’adapter.

Tu as ensuite créé LJ Stration, compte sur lequel tu publies toutes tes créations. D’où vient ce nom ?

Quand j’étais plus jeune, une personne qui parlait anglais me surnommait Little John, un surnom qui venait de ma petite taille. J’avais conservé ce surnom, puisque c’est celui que je choisissais toujours pour différents pseudos, notamment sur les jeux vidéo. Lorsque j’ai voulu créer la page Twitter, j’avais LJ en tête (l’acronyme du surnom), et je voulais faire une connotation avec mon secteur. Puis m’est venu le mot illustration, et en liant les deux, cela a donné LJ Stration.

Gérer un tel planning en étant étudiant, c’est gérable ?

J’essaye d’organiser au mieux ma journée.  J’ai défini des créneaux, c’est essentiel pour ne pas se sentir submerger et réussir à allier les deux. Pour t’expliquer concrètement, en admettant que ma journée type est 8h-18h (même si j’ai des heures libres parfois dans la journée, voire des demies journées). A partir de 18 heures et jusqu’à 20 heures, je bosse les différents projets liés à mes études. Pour finir, je me laisse la soirée pour travailler mes activités « personnelles », de 20 heures jusqu’à minuit, voire une heure du matin. Cela me fait de longues journées, mais si ça ne me plaisait pas je n’en ferais pas autant non plus.

As-tu un sport favori ?

Je ne sais pas si certains sports sont plus difficiles que d’autres, mais forcément on prend des habitudes. Au niveau des univers, je suis passionné de football, mais j’aime aussi travailler d’autres sports. Et c’est la raison pour laquelle on se rend compte à quel point les sports sont différents à traiter. Par exemple, le hockey sur glace permet de travailler les reflets grâce à la glace, que tu ne pourras peut-être pas faire dans d’autres disciplines. Également, ce qui peut être vraiment avantageux, c’est la position des joueurs. Le basket en est un bon exemple grâce aux différentes prises de vues possibles que tu ne retrouves pas dans d’autres sports.

Quelle est la réalisation dont tu es le plus fier ?

Même si graphiquement, ce n’est pas celle dont je suis le plus fier, mais le visuel pour l’anniversaire de Didier Deschamps se détache ! C’était un visuel d’anniversaire pour ses 50 ans, et pour l’anecdote, une personne de la fédération m’avait écrit un mail, et je ne l’ai pas regardé tout de suite. Au départ, je croyais que c’était une pub, ou une vidéo Youtube, mais en tout cas je ne l’ai pas regardé. 30 minutes plus tard, quand j’ai ouvert mes mails, j’ai découvert que c’était une personne de la fédération qui m’avait écrit un message pour m’expliquer le projet. Mais sinon globalement, tout en rappelant que je ne suis pas graphiste, car je n’ai aucun diplôme, les projets dédiés au PRINT sont toujours plaisant à traiter. Le fait d’avoir une trace physique de son travail, d’une création, c’est tellement différent. Le travail passe de l’écran à la réalité, et c’est une reconnaissance qui fait toujours extrêmement plaisir.

Quelle est la qualité impérative à avoir pour devenir un bon graphiste ?

Pour moi, c’est de le faire par plaisir. Si tu n’es pas passionné, je pense que cela se ressent. Lorsque je pars une semaine en vacances et que je n’utilise pas du tout la suite Adobe. Ça me manque et lorsque je rentre chez moi, je suis bien content de reprendre. Ce n’est en aucun cas une obligation qui me pèse. Mais je pense que c’est valable dans n’importe quel domaine. Je pense que lorsque tu aimes ce que tu fais, tu ne comptes pas ton temps. Tu es curieux, donc tu es amené à progresser encore plus rapidement.

D’autant plus que la passion tu l’as vite trouvée, mais les opportunités aussi, alors que tu n’as pas encore 20 ans. 

Honnêtement, je prends énormément de plaisir à faire tout ça, donc évidemment je suis content d’avoir ces opportunités à côté des études. Je suis conscient que j’ai beaucoup de chance, d’autant que ça m’apporte un plus financièrement aussi. Et pour le CV, ça ne peut pas me faire de mal non plus (rires).

Tu as depuis le départ une vraie qualité sur Photoshop, logiciel sur lequel tu as beaucoup travaillé. Et dans 10 ans, tu arrives à te projeter ?

C’est difficile de le dire. J’aime aussi beaucoup les projets sur After Effects et à l’avenir, j’aimerais découvrir la vidéo : participer à un tournage, travailler du vrai contenu vidéo soi-même. Cela peut aussi me permettre de connaître d’autant plus mon métier, voire mon secteur. Certains graphistes font le shooting photo, réfléchissent au concept, la réalisation et s’occupent même de la livraison. Donc à terme, pouvoir démarrer du shooting jusqu’à la fin, ça me plairait aussi énormément, cela permet de développer ton idée de A à Z.

Bonus : Ton premier visuel, tu t’en souviens ?

Je me souviens de l’un des premiers ! (rire). Ce « client » était une personne avec qui je discute encore maintenant, c’est un gars qui avait lancé une page de pronostics sportifs, et il m’avait demandé de lui faire une bannière.

Et pour finir, qu’est-ce que je peux te souhaiter de meilleur pour la suite ?

Ce que tu peux me souhaiter, puisque c’est mon rêve, ce serait de travailler un jour pour la NBA, ou pour Nike. Mais sinon, d’avoir encore de nouvelles opportunités, et de réussir à  continuer d’allier mes études et mes activités à côtés.

Merci à Jean Bronner de nous avoir accordé cette interview et d’avoir répondu à nos questions.

Behance de Jean Bronner

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