[Interview] Iliasse Touzani : « Avec la concurrence actuelle, il faut être capable de se démarquer avec un contenu de qualité »

Lorsque le sport passionne, il peut pousser certains d’entre eux à créer les projets les plus fous. Bien loin de la médiatisation, ils en sont tout de même des représentants. C’est le cas d’Iliasse Touzani, fondateur de l’un des médias football les plus connus en France : « La beauté du football ».

Bonjour Iliasse. Pouvez-vous vous présenter ?

Bonjour. Je m’appelle Iliasse Touzani et j’ai 26 ans. J’ai fait un bac pro vente avant de poursuivre par un BTS en alternance qui s’est terminé un peu plus tôt puisque je n’ai pas pu valider l’année, donc la qualification. Ensuite, j’ai trouvé un emploi dans une boutique. Avec le temps, j’ai gravi les échelons pour devenir responsable de magasin, et je suis d’ailleurs toujours responsable dans le milieu de la chaussure.

Peux-tu nous raconter le début de l’histoire de ton média ?

Pour la petite anecdote, j’aimais beaucoup ce que faisait l’After Foot à l’époque, je les écoutais souvent. Ils avaient une page Facebook où ils partageaient de temps en temps des vidéos sympas. Ça m’a inspiré et en plus, étant un fan des Girondins de Bordeaux, ils venaient de remporter leur dernier match et ça m’a donné envie de créer ce média, notamment pour parler d’eux (rires). Au démarrage, j’ai commencé avec une personne de ma classe en première qui aimait aussi beaucoup le foot et a été intéressé par le projet. On postait des images et vidéos, et de fil en aiguille, en dehors du fait qu’il est devenu l’un de mes meilleurs amis, on a incorporé certaines personnes.

« Le fait d’avoir démarré tôt a favorisé la vitesse de notre développement »

Pourquoi ce nom de média ?

Pour être honnête, j’en ai aucune idée. Je voulais que cette page véhicule des publications de qualité. Que ce soit des beaux buts ou bien des belles images de joueurs. Ce nom correspondait bien à mon objectif initial.

Le succès de la page a été immédiat ?

Ça a pris du temps. Les trois ou quatre premiers mois ont été assez longs. On avait 1000 ou 2000 personnes, ce qui est déjà bien. Quand je me suis lancé, la page de l’After foot était à 50 000 j’aimes (page Facebook). Un an plus tard, on était à 75 000, et l’After Foot à 60 000. On a pris conscience que l’on avait certainement un projet avec du potentiel. À ce moment-là, Foot Mercato nous a repéré, et ils ont voulu collaborer avec nous. Même si cela ne s’est pas fait, cela reste un moment marquant pour nous, cela nous montrait que nous étions dans la bonne voie. Je pense que notre évolution rapide vient aussi du fait que l’on était, d’une certaine façon, précurseur. Lorsque l’on a commencé en 2009, il n’y avait pas les nombreux concurrents actuels, qui sont arrivés trois ou quatre ans après. Je pense que grâce à cela, nous avons pris beaucoup d’avance. Il y a quelques années, nous avions quasiment le même nombre de fans que Foot Mercato. Ils sont loin devant actuellement, mais c’est pour dire à quel point le fait d’avoir démarré tôt a favorisé la vitesse de notre développement. 

Vous êtes combien à travailler sur ce média ?

Pour vous présenter rapidement l’organigramme, nous sommes 4 associés gérants. D’ailleurs pour l’anecdote, en dehors de mon ami rencontré en première, il y a un graphiste et une personne que l’on avait aussi pris pour gérer le marketing quand on voulait commencer. Cela date environ des années 2012-2013, depuis, nous sommes devenus un noyau dur. Ces personnes travaillent à côté. Etant ambitieux, nous réinvestissons une très grande partie de l’argent que l’on gagne, c’est essentiel pour continuer notre développement. Mais c’est une superbe expérience et nous prenons énormément de plaisir à gérer ce média et essayer de le faire grandir.

Lorsque vous parlez de réinvestissement, pouvez-vous m’en dire plus ?

D’abord, nous avons créé un site en 2014, avec un hébergement à payer à l’année. On a dû lancer la SARL pour pouvoir rémunérer les CM et rédacteurs que l’on a recrutés par la suite. À partir du moment où l’on commence à gagner de l’argent, il est normal d’en récompenser ceux qui s’investissent dans le projet. Pour être plus précis, nous avons un community manager sur Twitter, deux personnes sur Facebook et une personne sur Instagram. Nous avons aussi 4 ou 5 rédacteurs, qui ont de la liberté dans l’aspect rédactionnel, bien qu’ils doivent parler de football et de son actualité bien évidemment.

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Et vos rédacteurs, ce sont essentiellement des étudiants ?

Cela dépend. Nous sommes partis du principe que l’on voulait donner une chance à tout le monde. Étudiant ou non, nous avons eu une personne de 35 ans à son compte, des personnes en train de passer leur diplôme pour devenir journaliste, ou bien des personnes journalistes depuis plusieurs années. On voulait vraiment donner une chance à toutes les personnes qui ont du talent et qui sont volontaires et passionnées. L’un de nos anciens rédacteurs travaille à Eurosport maintenant, un autre à Canal. J’insiste sur le fait que ce n’est que grâce à eux, mais je dois avouer que c’est une fierté de voir leurs évolutions, peut-être un peu grâce à nous, dans la trouvaille de stage. D’avoir sur le CV « rédacteur pour La Beauté du Football », parfois, ça leur a ouvert des portes et ça c’est cool pour eux.

Après 10 ans de gestion de cette page Facebook, pour vous, quelles sont les impératifs pour réussir à devenir une bonne page de sport ?

Pour moi, l’aspect numéro 1 est la pertinence des publications. Etant donné la concurrence actuelle, il faut savoir se démarquer avec un contenu de qualité. La rigueur et la régularité sont également essentiels, sans cela, nous sommes vite oublié et freiné dans notre développement. Pour vous partager une anecdote, lorsque nous avons commencé au début avec mon associé, après les cours et à partir de 19h00, on postait toutes les 15 minutes une publication. Sachant qu’à cette époque, on ne pouvait pas programmer de publication. Ça a été long, puisque la programmation a été possible 4 ans plus tard (rires). Pour terminer, le côté fun, ne pas se prendre la tête, mais ne pas prendre parti aussi. Éviter ce côté robotisé des publications, même si parfois nous devons en faire, mais je pense qu’il faut que les gens comprennent qu’il y a des humains derrières.

La Beauté du football met en avant les belles valeurs du sport, le football simple, comme sur cette image. /La beauté du football

Vous aviez également essayé de proposer du contenu sur Youtube, mais vous avez vite arrêté. Pourquoi cela ?

Le problème de notre société, et c’est le nôtre aussi, c’est le temps. Je crois que nous sommes tous en 35 heures au minimum dans nos boulots respectifs, et nous avons raté le coche de plusieurs choses. Par exemple on a créé un compte Twitter 5 ans trop tard, alors que j’étais fan de ce réseau social depuis bien longtemps. On en avait parlé mais nous n’avions pas assez étudié ce réseau, par manque de temps. Maintenant, ce réseau social est très apprécié des internautes et les prestataires, donc il faut savoir s’adapter aux tendances. 

Pour revenir à Youtube, nous avons plein d’idées, mais pour les mettre en place, c’est compliqué. On essaie de prioriser les tâches et les objectifs. La réalisation de vidéo demande un vrai temps de réflexion, de l’équipement, de la disponibilité et un bon monteur pour faire un travail de qualité. Nous avons un objectif prochain de faire des micros-trottoirs, c’est en cours de projet et cela sera sûrement lié à Youtube.

Professionnellement, vous arrivez à gérer votre travail et ce projet ?

Il faut savoir prioriser et être régulier. En étant organisé, on peut gagner du temps, et cela favorise grandement la régularité ou non d’un projet, que ce soit une page ou non. Pour vous présenter notre cas de figure, au moins une fois par semaine, on fait un skype ensemble à 4. Et parfois avec les rédacteurs pour faire un point sur les projets qui arrivent, sur les différentes évolutions, en tout cas on se parle quotidiennement. Nous nous sommes également réparti les rôles entre nous. Un associé s’occupe du community management accompagné d’un rédacteur rémunéré. Il s’occupe aussi des relations avec les partenaires. Un autre est graphiste, qui s’occupe du site et aussi de l’organisation des différents projets. Une personne est au marketing et gère aussi une partie liée à la création de contenus. Me concernant, en dehors du community management, je m’occupe du reste. La comptabilité, mais aussi la relation avec les rédacteurs, puisqu’il est essentiel qu’ils se sentent bien. 

Pour gérer la relation entre vous et eux, être responsable de magasin, n’est-ce pas une chance ?

C’est un plus considérable. Et à l’inverse, c’est ce qui m’a permis par la suite de devenir responsable. Cela m’a permis d’être plus mâture dans mon travail, et donc de montrer l’exemple d’autant plus. Pour comparer, c’est plus compliqué de gérer une boutique au quotidien, les personnes liées au projet ne sont que virtuel, même si on essaye de les rencontrer au moins une fois. Chaque année, on essaie de se voir, faire des activités, il faut qu’ils se sentent concernés par le projet, et ce n’est pas si simple.

Pouvez-vous nous partager votre meilleur souvenir depuis la création de La beauté du football ?

Il y en a plusieurs. D’abord, pour ma part, j’ai été invité par Adidas pour aller voir la finale de la LDC en 2015, dans un espace dédié aux journalistes et joueurs. Il y avait notamment Zidane, Ozïl, Ander Herrera, et moi, le petit bordelais qui n’aurait jamais pensé les voir et échanger avec eux. C’est enrichissant de pouvoir échanger avec ces acteurs, j’ai découvert de superbes personnes, comme Sean Garnier (athlète football freestyle).
Sinon, et ce souvenir est collectif, lorsque nous avons rencontré la première équipe la Beauté du Football, après des échanges pendant plusieurs mois. C’était enrichissant, concret et cela permet de visualiser son équipe, et à quel point ce simple projet au départ, a pris une autre dimension. 

Pour vous, qu’est-ce que la beauté du football 

Tout ce qui est dans le titre, pour moi, doit résumer ce que l’on doit voir sur un terrain de football. Une ambiance, un beau but, l’aspect fairplay, tout le côté rose que le football peut véhiculer à travers ses valeurs et son histoire. 

Pour finir, qu’est-ce que je peux vous souhaiter pour la suite ?

De continuer à avoir la même motivation pour développer le projet. Cela fait maintenant 10 ans, parfois nous avons envie de vendre, parfois nous sommes pleinement enthousiastes sur l’avenir du projet. Mais cela fait partie des hauts et des bas que l’on a lorsque l’on est porteur de projet. Il y a quatre ans, nous avions créé une application qui n’a pas marché, mais ce n’est pas grave, cela fait partie de l’histoire du média, et des erreurs que l’on fait lorsque l’on a envie de bien faire. Et pour finir, avoir de nouvelles idées, se développer aussi financièrement pour que LBF continue à plaire à nos fans, et même plus encore à l’avenir.

Merci à Iliane Touzani d’avoir accepté de répondre à nos questions.

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