Christophe Urios : L’amour du ballon ovale

Meneur d’hommes et passionné, Christophe Urios a posé ses valises, cet été, du côté de l’Union Bordeaux-Bègles. Que ce soit à Castres, Bourgoin-Jailleu ou encore Oyonnax, le montpelliérain d’origine réalise des miracles, partout où il passe. Il le confirme avec l’excellent début de saison de l’UBB et une première place provisoire. Retour sur le parcours de cet homme haut en couleurs !

Le parcours

Avant d’être entraîneur, Christophe Urios était d’abord joueur. Il termine sa carrière à 34 ans après avoir joué à l’AS Olonzac, US Carcassonne avant de terminer au Castres Olympique où il y passe 9 ans.
En 2002, il débute sa première expérience en tant que coach à Castres. Depuis 18 ans, Urios sillonne les routes pour apporter sa patte dans chaque club où il passe. Après le CO, l’entraîneur français entraîne le CS Bourgoin-Jallieu, l’US Oyonnax, de nouveau le Castres Olympique et maintenant l’Union Bordeaux-Bègles. Là-aussi, il passe les échelons petit à petit. D’entraîneur des avants lors de son premier passage à Castres, il devient manager général pour sa 2ème signature là-bas, 13 ans après.

« Ce qui est important pour moi, c’est de créer cette atmosphère où tout le monde va bien vivre le projet »

Le début de saison à Bordeaux est quasi-parfait. Son équipe se classe 1re à la mi-saison avec 47 points. Le bilan est de 10 victoires, 1 nul et 2 défaites. Seuls Lyon et Brive ont réussi à vaincre les Maritimes. L’UBB reste sur 10 matchs sans défaite, toutes compétitions confondues dont 5 victoires en Top 14. Pour découvrir un peu plus le personnage Urios, retour en arrière avec ce reportage du Late Rugby Club.

Jusque-là, le montpelliérain d’origine avait un point noir sur son CV : les coupes européennes.
Depuis la saison 2004-2005, il a participé à 9 campagnes européennes avec ses différentes équipes pour 0 qualification en phase finale.
Et si c’était la bonne saison ? Ça en a tout l’air avec des débuts tonitruants ! 4 victoires, 4 bonus offensifs et 1 match nul à Edimbourg. Le succès le plus marquant est la victoire 73-3 sur le terrain d’Agen avec 11 essais inscrits. Avec 22 points, l’UBB est qualifié pour les quarts de finale de la compétition, et déjà assuré de la 1ère place du groupe, avant le dernier match aux Wasps. Une première pour Christophe Urios, tout comme pour le club bordelais !
Avec Castres, il se retrouve tout de même en 16èmes de finale et 8èmes de finale de Challenge Européen en 2002/2003 et 2003/2004. Lors de la 1ère participation, les Tarnais ne passent pas de tour. Défaite 55-26 contre Bennetton Trévise. Pour la 2ème édition, les Occitans passent le 1er tour face à Rovigo mais sont éliminés par les Brivistes 58-48. *
* Score au cumulé des deux matchs

Le passionné

Christophe Urios est un vrai passionné. Il aime le rugby et ses joueurs pour obtenir le meilleur d’eux-mêmes. Comme il le dit dans son livre, il travaille beaucoup. Il passe 15h de sa journée à travailler, pour ses joueurs. Son but est de toujours s’améliorer. Pour cela, il lit beaucoup, notamment des livres sur le management.  « Ça me rend meilleur » comme il l’exprimait dans l’émission Plein Cadre. Il reprend beaucoup d’idées dans ces bouquins pour les répercuter dans la vie de tous les jours.

Dans le reportage réalisé par Stade 2, on peut observer que le manager général met en place « les Olympiades » lorsqu’il était à Castres avec un trophée à la clé pour les meilleurs. Les castrais sont divisés en 4 groupes avec des noms d’équipes différents. Dans un temps imparti, il faut réaliser une entrée et un dessert. L’objectif étant d’intégrer les nouveaux, de mieux se connaître, de créer des affinités et aider son coéquipier s’il en a besoin. On retrouve cette idée aussi sur le terrain où chacun a besoin de l’autre pour avancer.

Son but est donc de fédérer les hommes qu’il a avec lui, leur faire comprendre que tout le monde est important dans son groupe. Dans sa conférence « Les 3 clés du leadership » à Hackathon du Management, il le dit lui-même : « J’aime le rugby, j’aime la technique mais aujourd’hui ce n’est pas ma priorité. Ce qui est important pour moi, c’est de créer cette atmosphère où tout le monde va bien vivre le projet, pour gagner des matchs. » Le petit déjeuner se fait ensemble, tout comme certains des repas. Les joueurs vivent en communauté la globalité du temps. Les joueurs passent donc du bon temps entre eux, à l’initiative du coach Urios.

C’est ce que confirme Guilaume Bousses, ancien joueur de Bourgoin-Jailleu et d’Oyonnax :  » Les échanges étaient primordiaux pour lui, dans sa façon de responsabiliser les joueurs. Ce n’est pas quelqu’un qui va délaisser des personnes.

Passionné ? Ça oui ! Peut-être même parfois un peu trop.
L’occitan a du tempérament et le montre régulièrement lors de ses prises de paroles. Il n’hésite pas à dire ce qu’il pense tout haut. Pour Castres-La Rochelle, le 21 mai 2016 « On doit marquer 3 fois, je ne sais pas ce qu’on attend. A un moment, on a qu’à donner des essais de pénalité quand il y a des fautes grossières comme celle-là. Qu’est-ce qu’on s’emmerde à faire 12 mêlées alors qu’on avance, je ne comprends pas ».

Le 19 octobre dernier, après le match à Brive, le manager bordelais avait aussi montré son mécontentement : « On a manqué un peu de jugeote, on a manqué de fraîcheur, on a manqué de plein de choses aujourd’hui. Ça va nous faire avancer, c’est une bonne claque dans notre gueule. Quand c’est comme ça, on fait les canards et on travaille. »
Sans oublier, l’altercation qui avait eu lieu avec Fabien Galthié lors du match Castres-Toulon. Les deux entraîneurs s’étaient pris un peu le chou, avec une claque au passage du coach castrais.
La patience peut avoir ses limites…

Des finales et des titres

À Bordeaux, comme dans ses anciens clubs, Christophe Urios inculque la culture de la gagne. Sur la scène européenne, les résultats n’ont jamais été au rendez-vous jusque-là. Mais en championnat, le coach a le talent pour faire briller ses joueurs. En tant que joueur aussi, ses résultats sont plutôt probants, notamment avec le Castres Olympique. Il termine champion de France en 1993, et vice-champion en 1995. En 1997, il se hisse avec son équipe en finale du bouclier européen.

En tant qu’entraîneur, il se rattrape sur la dernière compétition citée avec une victoire en 2003, contre Caerphilly 40-12. La même saison, il réalise le doublé avec une victoire au Challenge Sud-Radio. Il se rend ensuite en Isère, à Bourgoin-Jailleu puis dans l’Ain, à Oyonnax où il y passe 7 ans en tant que coach. C’est avec cette équipe qu’on peut dire qu’il se révèle aux yeux de tous. Après 2 saisons, il est tout proche de faire monter les Oyonnaxiens en Top 14. Cependant, ils s’inclinent 14-12 face au SC Albi, après avoir terminé 5ème au classement général. La saison suivante, les Aindinois gagnent une place et se classent 4èmes. Cependant, le Stade Rochelais, vainqueur du championnat par la suite, brise l’espoir d’Oyonnax en demi-finale avec une victoire 6-3 pour la saison 2009-2010.

C’est finalement 3 saisons plus tard que le sacre a lieu. Avec 111 points, les hommes d’Urios terminent leaders et montent en Top 14. Ils réalisent l’exploit de rester pendant 27 journées en tête de Pro D2. Plusieurs joueurs sont découverts lors de cette saison : Benjamin Urdapilleta, Jonathan Bousquet, Julien Audy ou encore Antoine Tichit. Pour en savoir plus sur ce passage, je vous recommande cet article by RUGBYRAMA.

En Top 14, l’exploit continue ! Pour la première saison, les coéquipiers de Silvere Tian se maintiennent avec une 12ème place à la clé. Pour leur deuxième saison dans l’élite, les Oyonnaxiens réalisent l’improbable, avec une 6ème place et une qualification en barrages. Cependant, ils n’iront pas plus loin avec une défaite sur la plus petite des marges : 20-19, à Ernest-Wallon, contre le Stade Toulousain. Le club de la région Auvergne-Rhône Alpes a réalisé plusieurs exploits au cours de l’année, notamment des victoires à Clermont et au Stade Français, finalistes de cette édition.

En plus de résultats probants, Urios a évolué dans sa manière de penser comme l’explique Guillaume Boussès : « À Bourgoin-Jailleu, il avait une méthode trop fédérale, que l’on apprend en école de rugby. À Oyonnax, il a su trouver cette communion entre joueurs et supporters. Pour moi, son entrée dans l’école du Management du Sport a été un tournant dans sa façon d’organiser les choses. »

Après Oyonnax, c’est la consécration à Castres pour son retour dans ce club où il reste 4 ans. Urios se retrouve barragiste lors des deux premières saisons. Pour 2015/2016, Montpellier brise son rêve de titre avec une victoire 28-9. L’année d’après, c’est Toulon qui réussit le bon coup avec une victoire 26-22.
Le Bouclier de Brennus arrive dans ses mains le 2 juin 2018. Après avoir terminé 6ème, l’exploit semble immense à réaliser pour le CO avec un barrage chez le 3ème, une demi-finale puis la finale. Les Tarnais se donnent le droit d’y croire avec une victoire 23-11 à Toulouse, puis une victoire au Groupama Stadium face au 2ème de la saison régulière, le Racing 92 sur le score de 19-14. En finale, Castres réalise un gros match face à Montpellier et s’impose sur le score de 29-14, notamment grâce à 2 essais inscrits par Julien Doruma et Steve Mafi. Il part finalement à la fin de saison suivante après une 7ème place non-qualificative pour la suite.

Christophe Urios en compagnie du bouclier de Brennus ©blog.saintlary

Il rejoint donc l’UBB, cette saison, où tout se passe bien jusque-là. Le jeu bordelais est séduisant. Cela se confirme au classement avec cette 1re place en championnat tout comme en Challenge Européen où les Aquitains sont toujours invaincus. Il ne reste plus qu’à voir jusqu’où les hommes d’Urios iront sur cette saison pleine de suspense.

Merci à ceux qui ont répondu à mes questions pour avoir davantage d’informations sur l’homme qu’est Christophe Urios.

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